jeudi 14 décembre 2017| 231 riverains
 

Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère

Disparu depuis trois semaines, le frère d’Isabelle Radenac, une habitante du 18e arrondissement de Paris, est mort de froid dans une usine désaffectée de Seine-Saint-Denis. Son corps a été retrouvé lundi 6 décembre 2010. Elle lance un appel à témoin pour comprendre.

« Qu’a fait Laurent pendant trois semaines ? Qui a-t-il rencontré ? À qui s’est-il confié ? » Isabelle Radenac, enseignante dans une école polyvalente de Simplon, dans le 18e arrondissement de Paris, veut comprendre la mort de son frère. Le corps sans vie de Laurent Radenac a été découvert par des employés de la Ville de Paris, lundi 6 décembre 2010 au matin, dans une petite usine désaffectée des Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Il gisait sous un hangar, à quelques mètres du canal de l’Ourcq. « Il était seul, recroquevillé sur le sol », explique Yvon Anatchkov, adjoint au maire des Pavillons-sous-Bois, délégué à la sécurité publique.

La police a d’abord annoncé la mort d’un SDF. Pourtant, Laurent Radenac portait sur lui sa carte d’identité et n’était pas un inconnu. Cet homme de 52 ans vivait à Bondy, commune limitrophe des Pavillons-sous-Bois. Il était marié avec Nelly depuis plus de trente ans. De cette union étaient nées deux filles. Qualifié de « bon père de famille », par ses proches, il avait quitté son domicile trois semaines plus tôt. Un coup de déprime : « En partant, il a dit à sa femme qu’il était nul », raconte Isabelle. Sa disparition trois semaines plus tôt, avait été qualifiée « d’inquiétante », par les policiers. Lesquels, en fouillant finalement les vêtements du défunt, ont fait le rapprochement plus tard dans la journée.

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Pourquoi Laurent Radenac, un homme de taille moyenne, aux yeux couleur noisette, est-il mort de froid à moins de quatre kilomètres du domicile familial ?

D’après les premières constatations des médecins, Laurent Radenac serait mort de froid, deux ou trois jours avant la découverte de son corps. Début décembre, les températures étaient descendues bien en dessous de zéro degré dans le secteur. Selon des voisins, la proximité du canal de l’Ourcq fait chuter le thermomètre de trois ou quatre degrés supplémentaires aux alentours. Une autopsie doit permettre de déterminer avec précision la date et les causes de sa mort. Les résultats ne sont toujours pas connus.

Nelly Radenac a déposé une plainte contre X, mardi 7 décembre 2010. Son mari était salarié de Nestlé Water Direct France, chargé de distribuer et d’entretenir des bonbonnes d’eau installées dans les entreprises. En 2007, Laurent Radenac avait été victime d’un accident du travail : son genou avait été broyé par un rideau de fer sur son lieu de travail. Plus d’un an d’arrêt de travail, avant d’être affecté à des tâches de maintenance. Mis en cause par l’Inspection du travail, les responsables de la société devaient comparaître le 8 novembre 2010, devant le tribunal de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Laurent Radenac, convoqué pour cette audience s’est présenté au Tribunal Correctionnel de Nanterre en se portant partie civile. L’affaire a été renvoyée en mai 2011 à la demande de l’avocat de l’employeur.

« Depuis, Laurent allait très mal, poursuit Isabelle, assise dans un fauteuil de son appartement de la rue Championnet. Il culpabilisait. Tout cela c’était de sa faute pensait-il. Il disait que ses collègues ne lui parlaient plus. Pour ne rien arranger, sa boîte devait changer de propriétaire le 1er décembre 2010, pour devenir Château d’Eau. Mon frère était convaincu qu’il serait alors licencié. » Pour Isabelle et Nelly, aucun doute : cette ambiance professionnelle très dégradée a conduit Laurent à quitter le domicile familial, le 15 novembre 2010, en rentrant du boulot, vers 16h30. Il portait son bleu de travail. Il a laissé les clés de sa voiture, sa carte bleue et son téléphone portable sur la table du salon.

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A droite, le hangar où le corps de Laurent Radenac a été retrouvé, quai d’Amsterdam, aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Sa famille a d’abord pensé qu’il s’était réfugié en Bretagne, d’où ses parents sont originaires. Ou bien du côté de la Creuse, berceau de sa belle famille. Partout, la presse locale a relayé l’annonce de sa disparition. Mais personne ne l’a vu en province. « C’était un bon marcheur, souligne Isabelle Radenac. On suppose désormais qu’il a erré le long du canal de l’Ourcq, qu’il connaissait bien. » Sa sœur a lancé un appel à témoin. Depuis vendredi 10 décembre 2010, elle sillonne la Seine-Saint-Denis au volant de sa petite voiture. Placarde des affichettes le long du canal et dans les commerces à proximité : ceux où Laurent aurait pu s’approvisionner.

« Nous supposons qu’il avait peu d’argent sur lui. Ce n’était pas dans ses habitudes. Il avait neuf euros en poche quand il est mort. » Alors Isabelle a alerté les centres locaux de la Croix-Rouge. Rencontré des SDF qui auraient pu le croiser. « S’est-il présenté à des distributions de nourriture ? A-t-il été logé dans des hébergements d’urgence ? » Isabelle explore toutes les pistes et compte bien persévérer : « Il ne faut plus que les gens se rendent malades à cause de leur travail, qu’ils en meurent, comme Laurent. Il est intolérable dans notre société dite moderne que des personnes meurent dehors dans l’indifférence générale. » Sa mère vit dans une maison de retraite. Son père est décédé voilà quelques années. Laurent était l’aîné des deux enfants. Pourquoi cet homme de taille moyenne, aux yeux couleur noisette, est-il mort de froid à moins de quatre kilomètres du domicile familial ?

Une adresse Facebook pour recueillir des témoignages : http://www.facebook.com/pages/Noubl...

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6 commentaires
  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 13 décembre 2010 15:38, par Clément

    Triste histoire... J’espère que cette femme en saura plus un jour.

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  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 14 décembre 2010 17:07, par valériemaman

    je suis de tout coeur avec vous et espère que vous en saurez plus un jour. Il est vrai que l’ambiance au travail peut conduire des personnes à la mort. Nous passons plus de temps au travail qu’avec les nôtres. La France est la championne de la désunion familiale. En Allemagne, par exemple, rester au travail au delà des heures est mal vu. Pauvre famille !!!! et en plus au moment de Noël

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  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 14 décembre 2010 21:46, par ROSINE

    Cela ne m ;étonne pas , au travail c’est chacun pour soi, l’autre peut crever seul à coté d’eux , cela ne les gène pas
    C,est dans le malheur que l,on voit ses vrais amis ,

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  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 15 décembre 2010 21:37, par marie claire mallaisé ARPD

    je comprend le désarroi, la peine le non savoir,

    Oui c’est ignoble à notre époque d’être traité de sorte à son travail, ça n’est malheureusement pas un cas isolé,

    c’est difficile de se battre contre cela, et ne pas se rendre ça aussi c’est difficile, quand on a un coeur, une

    conscience

    De tout coeur, j’espère que l’on connaitra la vérité, courage , courage.

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  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 16 décembre 2010 16:17, par Thierry TEMIME

    Isabelle,

    Je suis de tout coeur avec vous....
    Et si je peux vous aider dans vos recherches ou à monter une association pour la vérité, n’hésitez pas à m’écrire ; tetemime@yahoo.fr

    Thierry

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  • Isabelle veut comprendre la mort tragique de son frère 22 décembre 2010 19:19, par Yvette

    Peu de chose à dire tellement c’est consternant chaque jour on à l’impression de descendre plus bas que la veille, les gens n’ont plus de coeur.
    Que ceux qui l’on poussé à un tel désespoir soit un jour punis.
    Courage à vous Isabelle

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