vendredi 22 septembre 2017| 19 riverains
 

“Entre deux ZSP, notre rue est une zone de non-droit”

Le carrefour des rues Marc Seguin et Pajol, secteur hors ZSP visé par une bande de cambrioleurs.

Depuis dix jours, vols et agressions se multiplient entre les rues Pajol et Marc Séguin, dans le quartier La Chapelle, 18e arrondissement de Paris. Une copropriété à cran dénonce l’absence de la police dans un secteur coincé entre deux Zones de sécurité prioritaires.

« Une ambiance détestable. » Voilà les mots qu’ont à la bouche les riverains d’une même copropriété, rue Marc Séguin, dans le 18e arrondissement de Paris, cible depuis une dizaine de jours de diverses agressions. Cela a commencé par un vol de vélo, vite oublié au regard des événements qui lui succèdent. Le vendredi 15 novembre 2013, deux dames âgées se font alpaguer dans la cour commune de la copropriété. L’une d’elle se fait arracher le collier qu’elle portait sous son écharpe, la seconde est atteinte par des gaz lacrymogènes.

Puis, le jeudi 21 novembre en milieu d’après-midi, un jeune couple est victime d’un cambriolage. Prévenus une demi-heure après les faits, la police et les propriétaires ne peuvent que constater les dégâts : la fenêtre de la cuisine est brisée, le matériel informatique et les bijoux ont disparu. La jeune riveraine est persuadée que les malfaiteurs sont issus d’une bande organisée : Ils ont attendu qu’il n’y ait personne à la maison, ce qui suppose qu’ils nous observent. En plus, aucune empreinte n’a pu être relevée car ils portaient des gants. »

Bandes organisées ?

Quelles sont ces bandes qui agissent de manière subite entre les rues Pajol et Séguin, en concentrant vraisemblablement leurs efforts sur une copropriété en particulier ? Les témoignages des riverains concordent sur leur signalement. Il s’agirait d’une bande constituée d’une quinzaine de personnes, se retrouvant souvent devant l’épicerie du quartier. Avant que débutent les agressions dans la rue, ils n’étaient connus d’aucun habitant, ce qui suppose qu’ils viennent tout juste d’y arriver.

Face à eux, les copropriétaires se disent totalement démunis : « Nous avons changé les codes d’accès, mais ils arrivent quand-même à escalader les grilles. Quant à la police, elle débarque lorsqu’on l’appelle, et seulement à ce moment là. En temps normal, on ne les voit jamais patrouiller dans le quartier. » Et il y aurait une explication à l’absence de patrouille dans ces quelques rues. En effet, depuis juillet 2012, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, deux Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP) ont été créées dans les 18e et 19e arrondissements. La première concerne la zone Barbès/Château-Rouge et s’arrête à la rue Stephenson. La seconde, plus vaste, couvre le quartier de Stalingrad et débute le long de la rue d’Aubervilliers.

Phénomène "d’effet report"

C’est précisément dans le petit espace qui sépare ces deux ZSP que se situent les rues Pajol et Marc Séguin. Contrairement aux rues adjacentes, la présence de la police n’y serait pas renforcée. « Il y a des moyens policiers déployés sur l’ensemble de l’arrondissement et pas uniquement en ZSP, précise Nelson Bouard, commissaire central du 18e arrondissement. Des équipes sont quotidiennement exclusivement affectées au quartier dont fait partie la rue Pajol. »

La mairie du 18e apporte davantage de précisions. « Il est vrai que la zone de la Chapelle se situe précisément entre deux ZSP, et l’on peut craindre en ce moment un phénomène "d’effet report", explique Didier Vallet, chef de cabinet du maire Daniel Vaillant. C’est-à-dire que les voyous, bien au courant des lieux où la police agit en priorité, se déportent sur d’autres territoires. »

Calmer le jeu

Le phénomène avait été anticipé à la création des ZSP, affirme la mairie. « Daniel Vaillant, tout en soutenant Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, sur cette action, avait demandé un traitement des effets report, précise Didier Vallet. En ce moment, il y a une recrudescence des alertes dans cette zone, notamment concernant les agressions de vols de bijoux à l’arrachée, nous travaillons avec le commissaire pour y remédier. »

Ces deux rues sont-elles en passe de devenir des zones de non-droit, comme le craignent les riverains ? Les pouvoirs publics entendent calmer le jeu. Et Myriam El Khomri, élue du 18e et adjointe au maire de Paris chargée de la prévention et de la sécurité, a proposé au commissaire Nelson Bouard d’aller rencontrer les riverains dans les jours qui viennent.

Où ça se passe:

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4 commentaires
  • “Entre deux ZSP, notre rue est une zone de non-droit” 28 novembre 2013 19:26, par CamilleB

    Mon immeuble se situe rue Riquet, entre les rues Pajol et Marc Dormoy. Rien que dans le bâtiment C, deux appartements ont été cambriolés cette année. Mais ce la ne date pas d’il y a 10 jours.

    J’ai déjà été moi même suivie jusqu’à l’intérieur de mon immeuble et j’ai réussi à m’échapper par miracle. Qu’aurait il pu se passer ?!? Je préfère même pas imaginer.

    Ce quartier, qui essaie tant bien que mal de se renouveler (rénovation Halle du marché La Chapelle, halle Pajol...) se voit en effet confronté à un traffic de stupéfiants, à l’action des petites gangs de chantier...

    Ca devient un véritable no man’s land !!!

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  • Sécurité et sentiment d’insécurité 30 novembre 2013 09:41, par PP

    Le quartier souffre de la délinquance, de la drogue, mais surtout du sentiment d’insécurité. Et l’atonie des habitants se conjuguent à la déficience des pouvoirs publics.

    Un exemple de nature différente mais qui illustre ce "silence des pantoufles". Sur la concertation actuelle pour Chapelle Internationale (un millier de logements, des équipements, des emplois...), je suis LE SEUL visiteur à cette date pour une concertation largement ouverte depuis trois semaines. Dans une période antérieure, des centaines de personnes avaient participé à celle relative à la Place de la République.

    Quelques collectifs d’habitants se retroussent les manches :

    https://www.facebook.com/groups/col...
    https://www.facebook.com/olive.coll...

    mais l’attitude générale est plutôt à la fuite devant la ghettoïsation de la Chapelle, au commissariat rue Queneau fermé, à l’éclairage public déficient, aux Vélib’ absents, aux écoles totalement clivée (le pire taux de réussite au brevet pour Daniel Mayer).

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  • “Entre deux ZSP, notre rue est une zone de non-droit” 30 novembre 2013 13:14, par Jayles

    Les festivités du 14 juillet :
    celles-ci ont une durée plus ample et dès juin, pétards, tirs de mortiers agrémentent nos jours et nos nuits.
    Ce qui est frappant c’est la détention volumineuse de ces explosifs dans les mains de très jeunes que je situerai dans une moyenne de 7-8 ans. Mais d’où vient cet argent ?
    Puis, avec leur jeune âge, ils ne peuvent anticiper ou se représenter les conséquences de ces jeux bruyants et brûlants. Par exemple, jetés au visage ou encore au pied d’un, mais souvent, d’une passante (c’est plus cool...), s’en suivent des traumas auditifs irréversibles. Et pour plus d’amusement, tout ce qui peut prendre feu, est mis à contribution de la fête. Ainsi, les roseaux du jardin en face de chez moi sont brûlés tous les ans.

    Souvent, la réaction des institutionnels ( élus, personnels de la sécurité publique, travailleurs de rue et personnels d’associations du quartier) sont de nous dire que notre sensibilité est trop aiguisée, quasi "parano" aussi.
    Pourtant, chacun de nous cherche plutôt une solution non violente ou apporter à ces bambins déchaînés une sollicitude qui ne disparaîtra qu’à l’usure de son efficacité.

    Ce qu’ils n’ont pas reçu dans leur foyer, ni la rue, ni l’école ni la solidarité nationale ne le compensera !
    Le désespoir nous a gagné aussi, hélas. Pourtant, les patrouilles de policiers qui se sont effectuées au 14 juillet dernier, nous ont vraiment soulagés. Ce qui signifie que la seule aide que l’on puisse recevoir dans l’état actuel de notre îlot, est celle des représentants de la loi par un commissariat de police de proximité.

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