lundi 25 septembre 2017| 15 riverains
 

La Recyclerie fera revivre la gare Ornano

Vue de l’arrière de la gare Ornano après réhabilitation prévue au printemps 2014. © Office parisien d’architecture.

Après la réhabilitation de la gare de Saint-Ouen, direction porte de Clignancourt, où le projet de la Recylerie va redonner une deuxième vie à la gare Ornano située elle aussi sur la Petite ceinture. Au programme : bar, “food trucks” et “récup”. Ouverture prévue au printemps 2014. Les riverains s’interrogent.

La gare Ornano va-t-elle devenir un îlot à bobos ? C’est ce que certains habitants du 18e arrondissement de Paris redoutent depuis que le bâtiment ferroviaire de la porte de Clignancourt a été racheté début 2013 à Réseau ferré de France (RFF) par des investisseurs privés venus des sociétés C-Développement et Sinny & Ooko. Ceux-ci possèdent ou gèrent déjà des lieux très branchés de la capitale, comme le Comptoir Général, dans le 10e arrondissement, le Divan du Monde ou la Machine du Moulin Rouge, dans le 18e. À la gare Ornano, leur projet s’appelle La Recyclerie.

À l’origine, la Ville de Paris souhaitait racheter à RFF la gare de Saint-Ouen (voir notre article d’hier) et celle d’Ornano - de son vrai nom Ornano-Ceinture - fermée elle aussi en 1934. Pour cette dernière, elle a finalement renoncé. « Nous voulions que le lieu soit intégralement libre de tout occupant. Or, ce n’est pas le cas », explique Eric Lejoindre, premier adjoint au maire du 18e.

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L’arrière de la gare Ornano aujourd’hui : tristesse et désolation...

En effet, le fast-food KFC, côté boulevard Ney, loue quelque 50 m2 au sein de l’ex-gare pour ses cuisines. Selon nos informations, la chaîne souhaitait même racheter toute la gare, histoire de trôner seule à cet emplacement stratégique (9 millions de voyageurs par an dans la station de métro Porte de Clignancourt, 11 millions de visiteurs pour les Puces de Saint-Ouen). La ville s’est contentée de faire des préconisations à RFF en matière de repreneur. Elle a été entendue. Le KFC a donc dû se contenter d’un bail renouvelé.

Qu’est-ce que sera la Recyclerie ? « Un lieu de vie, axé sur le concept de la récup », a résumé Martin Liot, le responsable d’exploitation du lieu et directeur technique de Sinny & Ooko, aux habitants venus assister au conseil de quartier commun le 14 novembre 2013. Elle devrait ouvrir au printemps 2014, et proposer de la restauration tendance (brunch du matin, apéro du soir ou “drunch”, cuisines du monde).

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Des "food trucks", camions itinérants, proposent aujourd’hui de la nourriture à emporter sur la terrasse désaffectée de la gare.

Côté rue Belliard, la terrasse aménagée continuera d’accueillir des “food trucks”, tels La Dînette Mécanique, ces camions itinérants qui proposent de la nourriture à emporter le midi (burgers, crêpes, tartares, bo buns, salades). En pratique, ceux-ci proposent déjà leurs services depuis juin 2013, via un programme mis au point par la société Les Camionneuses. « C’était un moyen pour nous de prendre la température du quartier », indique Martin Liot.

La Recyclerie accueillera aussi « des événements d’un tissu artistique alternatif, de ceux qui privilégient le bricolage, la débrouillardise, l’indépendance et l’auto-production », indique la plaquette de présentation de la structure. Par ailleurs, La Ruche qui dit oui ! dont dixhuitinfo a parlé récemment y organisera à l’avenir ses distributions alimentaires. Côté boulevard Ornano, l’atelier Chez René permettra de faire réparer tout et n’importe quoi, de la poupée au pied de table cassé.

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La gare Ornano-Ceinture vue depuis le boulevard Ney à la fin du XIXe siècle.

Enfin, la Recyclerie discute avec RFF pour louer le quai qui longe la rue Belliard, afin d’y développer un projet baptisé Quai Joséphine. L’idée est d’y installer un potager, d’y organiser des vide-greniers, des marchés divers (objets vintage, etc) à l’image des “flea markets” londoniens. Mais en face, de l’autre côté des voies ferrées, sont installés depuis plusieurs années les Jardins du Ruisseau. « Nous sommes en contact avec eux pour voir ce qu’on pourrait faire ensemble, indique Martin Liot. C’est un peu la providence qui les a placés là. On aurait tort de ne pas être amis avec eux. »

Les travaux ont déjà commencé à l’intérieur de la gare et à l’arrière, avec la réfection de la grande verrière qui donne sur les voies. La gare est aujourd’hui très dégradée, elle qui a accueilli des commerces (le café “La tasse”, à la fin des années 50), des boutiques, une banque. Pire, le bâtiment d’origine a été défiguré, et seul l’arrière a survécu. Des extensions disgracieuses en béton ont englouti sa belle façade d’origine et ses côtés, avec pierres et verrières.

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Deux trains stationnent gare Ornano-Ceinture à la fin du XIXe siècle.

Or ces mètres carrés supplémentaires font parti du deal. Les nouveaux propriétaires vont donc réhabiliter la gare avec ces extensions. De veritables verrues, comme les qualifie un habitant venu écouter la présentation, dépité d’apprendre que la gare ne retrouverait pas son visage originel. La Recyclerie réfléchit à la façon de rénover au mieux le côté boulevard, sans donner d’agenda précis.

Le lieu ouvrira donc sans travaux effectués à l’avant… « À l’avenir, on va s’efforcer de faire quelque chose de beau, de propre, en végétalisant par exemple. Mais il y a aussi des considérations financières à prendre en compte », admet Martin Liot. Pour ne rien arranger, les travaux de prolongation de la ligne 3 du tram, qui auront lieu de 2015 à 2017, vont bouleverser le quartier. « Ce sera dur pour tous les commerçants », souligne le responsable de la Recyclerie.

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En 1956, la gare, désertée par les trains depuis vingt ans, accueillait déjà une brasserie.

Ce dernier comprend aussi le qualificatif de « coin à bobos » accolé par certains à ce projet, et l’assume même : « Nous voulons nous implanter dans le quartier. Et il est vrai qu’on aura aussi besoin d’avoir une certaine clientèle pour faire vivre le lieu, pour y dépenser de l’argent. Mais on fera attention à ne pas nous adresser qu’à elle. On sait que des HLM sont à 100 mètres de là. Nous ne serons pas non plus des ayatollahs écolos. On se pose juste des questions sur la façon dont on consomme. Mais nous ne serons jamais parfaits, on pourra toujours nous reprocher ceci ou cela. »

Martin Liot a ainsi tenté de rassurer les riverains sur l’aspect culturel du lieu, jugé flou. « Je vois surtout un coin à bouffe » s’est exclamé un monsieur au cours du conseil de quartier. « Nous ferons des projections, des expositions, des ateliers », lui a-t-il été répondu. Idem sur les nuisances qui seront engendrées par la plage horaire de 7h-24h, ou sur les fumées de cigarettes de terrasse rue Belliard.

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A la sortie du métro Porte de Clignancourt, la gare offre un triste visage aux riverains comme aux touristes sur la route des Puces de Saint Ouen.

« Nous allons faire de notre mieux pour qu’il n’y ait pas de souci, en couvrant en partie cette terrasse, affirme Martin Liot. Par ailleurs, cette plage horaire permet d’adresser tous types de publics, du matin au soir. Un nouveau lieu cristallise souvent les critiques et les tensions. On nous a reproché du bruit dont nous n’étions pas responsables, par exemple. Il faut aussi se rendre compte de ce qu’il y a de positif à voir revivre un lieu abandonné depuis si longtemps. »

La Recyclerie c’est un budget de 2,6 millions d’euros, financé à moitié par des fonds propres et à moitié par des emprunts. La gare elle-même a coûté 1,4 million d’euros. Les travaux sont évalués à 1,1 million. Côté équipe, rien de précis pour le moment : « Il y aura toutefois une équipe de direction dédiée au projet, à laquelle il faudra ajouter les cuisiniers et barmen, notre bricoleur (ou bricoleuse) qui sera sur place au quotidien, le ou les jardiniers qui s’occuperont de l’entretien du Quai Joséphine, les intervenants pour la programmation culturelle et sociale de La Recyclerie... » estime Stéphane Vattinel, directeur de Sinny & Ooko.

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Les "food trucks" préfigurent un lieu où il sera aussi question de restauration dès son ouverture au printemps 2014.

Rendez-vous est donc fixé au printemps 2014, pour les débuts de La Recyclerie. « Nous pensons qu’il y a une véritable attente dans ce quartier du 18e arrondissement en pleine mutation et riche de diversité, souligne Stéphane Vattinel. L’idée est de créer du lien social avec les habitants du quartier notamment au travers d’une programmation ouverte à tous, petits et grands, autour des concepts de récupération et de recyclage au sens très large du terme, de mieux vivre et de mieux consommer. » Un vaste programme, qu’il reste désormais à mettre en œuvre, pour lever les scepticismes.

Lire aussi : La gare de Saint Ouen renaît sur la Petite ceinture

Un peu d’histoire
La gare Ornano-Ceinture fut mise en service en 1869. Comme celle de Saint-Ouen, elle est à cheval (ou en pont) au dessus des voies. Son architecture originelle est semblable à celle de la gare de La Chapelle-Saint Denis (détruite), et de Charonne, devenue la salle de concert La Flèche d’or. Sur cette page de l’Association Sauvegarde Petite Ceinture figurent des photos d’époque de la gare, et notamment une photo du personnel de la gare, posant le jour de sa fermeture, le 22 juillet 1934 ! A noter que la Petite ceinture n’intéresse pas que les Parisiens, puisque le New York Times lui consacre un article.

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