samedi 18 novembre 2017| 14 riverains
 

Les Vélib' vandalisés ? Un mystère en roue libre

Vandalisme ? Sabotage ? Pendant plusieurs jours, des dizaines de stations Vélib’, dans les 18e et 19e arrondissements de Paris, ont été victimes d’actes de malveillance. Résultat : aucun vélo à se mettre sous la pédale. Explications.

Plus un seul Vélib’ en vue et pas une place de libre : de petits caches oranges bloquent les bornettes où sont accrochés les vélos. Rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, l’agacement succède à l’incrédulité. Il est près de 19h, ce lundi 16 juillet 2012, et les cyclistes s’énervent, dégainent leur smartphone ou pédalent de plus belle pour tenter leur chance à la station suivante.

JPEG - 32.8 ko
Ali Tafit emprunte un Vélib’ pour rentrer habituellement du travail. Rue Pajol (Paris 18e), lundi 16 juillet 2012, il ne trouve pas de place où se garer. Crédits ©Adèle Ponticelli

« Voilà une demi-heure que je tourne en rond et je n’arrive pas à rentrer chez moi ! Il n’y a aucune place nulle part. » Campé sur son Vélib’ devant la borne dont l’écran affiche effrontément « provisoirement fermée », Ali Tafit, 46 ans, s’apprête à appeler la société Vélib’. Peine perdue, dans tout le quartier la Chapelle, les stations sont hors service.

Dans les 18e et 19e arrondissements de Paris et les communes limitrophes, une cinquantaine de stations Vélib’ ont été bloquées ce week-end et lundi, par JCDecaux, société en charge de ces vélos à disposition des Parisiens. La raison invoquée ? Une vague de vandalisme inconnue jusqu’alors.

« Depuis une dizaine de jours, nous constatons un nombre inhabituel de vélos arrachés dans le Nord-Est de Paris, rapporte Albert Asseraf, le directeur général de la stratégie, des études et du marketing chez JCDecaux. Il y a toujours eu des effractions sur les Vélib’, mais c’est la première fois que de tels actes se concentrent sur un quartier. Entre 2008 et 2009, nous avons dû faire face à des dégradations, celles-ci avaient lieu dans toute la capitale. »

Autre nouveauté, les dégradations concernent aussi les bornettes et non plus seulement les vélos. Elles sont attaquées « à coups de barres de fer, de pieds de biche et les fils sont arrachés », précise le directeur. Des traces s’observent sur certaines bornettes rue Pajol.

JPEG - 31.6 ko
Une bornette de la rue Pajol (Paris 18e) sur laquelle on peut observer une trace de pied de biche. ©Adèle Ponticelli

« Le vandalisme est une réalité que l’on subit au quotidien », raconte Ali Tafit qui habite un peu plus haut rue Tristan Tzara. « Je les vois faire les malades sur les vélos, puis se les refiler. Ils ont entre 5 et 17 ans ». Comment s’y prennent-ils pour voler les vélos ? Il a son hypothèse. « Ils doivent fragiliser les rivets en donnant des coups dans le vélo pour s’emparer ensuite de l’engin. » La palette reste alors sur la bornette.

« Moi je les ai vu faire autrement », une femme, la trentaine, vient de débouler sur son Vélib’ et interrompt l’échange. « Deux jeunes garçons ont facilement ouvert la trappe sur le côté de la bornette, puis détaché sans difficulté le vélo. » Pressée, elle file déjà.

Effectivement, certaines trappes du 2 rue Rouvet dans le 19e arrondissement de Paris qui donnent accès au système électronique à l’intérieur des bornettes s’ouvrent sans encombre (voir la vidéo).


Les Vélib’ vandalisés ? Un mystère en roue libre par dixhuitinfo

Une telle situation n’aurait pas dû se produire. « Il n’est pas normal qu’on puisse accéder à une trappe », commente avec surprise Albert Asseraf avant de justifier : « des techniciens devaient être dans le coin car les bornes ne devaient pas encore être réparées. »

Pour leur part, JCDecaux n’ont constaté aucune infraction électronique. « C’est une technique purement mécanique qui passe toujours par du vandalisme, les vélos volés sont arrachés », affirme le directeur. Pour lui, impossible aussi que les malfaiteurs se soient procuré les clés, développées par des ingénieurs, qui vérouillent les bornettes.

« Nous n’avons aucune information en ce sens et si cela se produisait, on verrait par centaines des vélos disparaître sans vandalisme, ce qui n’est pas le cas. » Il est catégorique, « il n’y a pas de vélos retirés sans abonnement ou sans passage de carte. »

JPEG - 41.8 ko
Station Vélib’ fermée lundi 16 juillet 2012, quai de Metz (Paris 19e). Les stations sont remises en services progressivement

Pourquoi alors une telle recrudescence sur un secteur précis ? La société de mobilier urbain attend les réponses de la justice. Elle vient de déposer plainte auprès du parquet de Paris à la suite de deux arrestations qui se sont déroulées récemment.

À 5h30, samedi 14 juillet 2012 au matin, trois individus entre 15 à 18 ans sont interpelésrue de la Pierre Levée dans le 11e. Rebelote le lundi 16 à 2h25, place de la Chapelle (Paris 18e), quatre adolescents âgés de 17 à 18 ans sont conduits en garde à vue. La police a pu les surprendre en flagrant délit grâce à l’appel de riverains. Une situation qui se produit rarement. Et le fait qu’il y en ait eu deux de manière si rapprochée est, pour la Préfecture, une coïncidence.

Sans plus de détails, cette dernière mentionne des « vélos arrachés des bornes ». Les faits reprochés sont ainsi qualifiés de « vols précédés de dégradations » et « tentative de vol » de Vélib’. Pour les motifs, les jeunes gens interpelés dans le 11e ont déclaré lors de leur audition, vouloir « rentrer plus rapidement chez eux ».

En attendant que le mystère s’éclarcisse, JCDécaux a mis une dizaine d’ingénieurs et mécaniciens sur le coup. Plusieurs centaines de bornettes ont été réparées et toutes doivent être maintenant sécurisées. « En 2009 déjà, nous avions dû améliorer la sécurité du matériel, ce qui a été fait avec succès », rappelle Albert Asseraf. À ce stade des événements, le coût de cette opération ne peut pas encore être évalué.

Progressivement, les stations sont remises en service. « Une trentaine d’entre elles sont déjà opérationnelles et les autres ne devraient plus tarder », précise Albert Asseraf.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes