jeudi 29 juin 2017| 81 riverains
 

Gare des Mines-Fillettes : la pollution du périph' en question

Le nouveau quartier Gare des Mines Fillettes, à cheval sur le 18e arrondissement de Paris, Saint-Denis et Aubervilliers, ne pourra pas échapper à la pollution du périphérique. C’est ce que dénonce Elodie Texier, présidente de Respire le périph’ !

« On ne peut pas construire un quartier comme celui-ci dans un tas de boue », s’insurge Elodie Texier, présidente de Respire le périph’ !, une association qui dénonce la pollution provoquée par le périphérique parisien.

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Le complexe sportif des Fillettes sera rapproché du périphérique. « Comment peut-on faire du sport, en plein air, à quelques mètres de la route ? », alerte Elodie Texier.

Ce quartier, c’est celui de la Gare des Mines-Fillettes, près de la porte de la Chapelle, à cheval sur le 18e arrondissement de Paris, Saint-Denis et Aubervilliers. Un projet de 22 hectares, dont 15,6 dans le 18e, avec un pont de 200 mètres de largeur au dessus du périphérique. Sur ce pont, des logements sociaux, un pôle commercial, des équipements privés et publics, un espace végétalisé. Et tout autour du périphérique, une nouvelle école, une crèche et le déplacement du complexe sportif des Filletttes. La construction, qui pourrait débuter en 2010, n’a pour l’instant pas rencontré d’opposition. Et pourtant, la pollution ne semble pas avoir été prise en compte.

Dixhuitinfo - Que dénoncez-vous dans le projet du quartier intercommunal des Mines Fillettes ?

Elodie Texier - C’est un très beau projet qui relie des territoires, mais qui est au milieu d’un tas de boue empoisonnée. Autour du périphérique, la pollution est très supérieure aux normes et a des répercussions sur la santé des habitants : asthme, accidents cardio-vasculaires, sur-mortalité des personnes fragiles... Comment peut-on faire du sport, en plein air, à quelques mètres de la route ? Comment peut-on habiter aussi près du périphérique sans subir la pollution et le bruit ? La plupart des élus ne semblent pas s’en préoccuper. Avec ce projet, une étude d’impact et de qualité de l’air a été prévue. Mais les résultats sont prédictibles. Et la construction débutera de toute façon. 
 

Concrètement, quelle est la pollution générée par le périphérique ?

Le transport automobile est le principal émetteur de pollutions dont les oxydes d’azote et les particules fines. Le dioxyde d’azote est un gaz qui touche les poumons : il augmente la fréquence et la gravité des crises d’asthme mais aussi la sensibilité des bronches aux infections microbiennes. Quant aux particules, ce sont des poussières qui viennent se loger dans nos poumons et dans notre sang. Elles provoquent des insuffisances respiratoires, un hypersensibilité aux allergènes... et sont certainement à l’origine de cancers.

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« Non, la pollution du périphérique n’est pas une fatalité, oui les choses peuvent changer ! »

Une étude a été menée sur le périphérique au niveau de l’échangeur de Bagnolet par Airparif. Elle montre que la pollution du périphérique se fait ressentir de chaque côté, jusqu’à 400 mètres. Ici, le projet est inséré dans cette zone des 400 mètres. Et dans les 150 premiers mètres, c’est trois fois plus pollué que la moyenne.  

Quelles sont les personnes les plus touchées ?

Souvent, ceux qui vivent près du périphérique sont assez pauvres. Il y a donc une grande inégalité face à la pollution. Quand je parlent avec eux, ils me disent : « Qu’est-ce qu’on peut y faire ? » ou alors : « J’ai déjà un logement, je ne vais pas râler. » C’est malheureux parce qu’ils sont touchés de plein fouet par la pollution, alors qu’ils n’ont bien souvent même pas de voitures. Et pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées, loin du périphérique.
 

Comment vous êtes vous intéressée à la pollution provoquée par le périphérique ?

Avec l’inscription de mon fils en maternelle. La carte scolaire l’obligeait à intégrer un établissement situé à quelques encablures du périphérique. Nous avons donc décidé de le mettre dans le privé. Mais que font ceux qui n’en ont pas les moyens ? J’ai recensé les établissements publics qui se trouvent près du périphérique parisien : 20 crèches, 10 écoles maternelles, 22 écoles élémentaires, 11 collèges, 13 lycées, 2 hôpitaux, 27 stades. Et des logements sociaux, des HLM.

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« J’ai recensé les établissements publics qui se trouvent près du périphérique parisien : 20 crèches, 10 écoles maternelles, 22 écoles élémentaires, 11 collèges, 13 lycées, 2 hôpitaux, 27 stades. Et des logements sociaux, des HLM. »

Je ne suis pas une experte, plutôt une médiatrice. Je considère qu’il existe déjà beaucoup de travaux de recherche sérieux et d’études sur la pollution et qu’il faut des citoyens pour les diffuser, pour informer les gens. La plupart du temps, ils ne savent pas ce qui se passe ou mettent cela sur le dos de la fatalité. J’ai voulu en parler, alerter sur cette situation : non ce n’est pas une fatalité, oui les choses peuvent changer !
 

Quelles solutions proposez-vous pour limiter cette pollution ?

Elles sont nombreuses, et c’est aux politiques de les mettre en place. L’objectif c’est le respect des normes car la loi n’est pas respectée. Cela passe par des incitations au covoiturage par les entreprises notamment. Par exemple, rembourser intégralement les frais de transport en commun et rendre les places de parking des salariés payantes peut permettre de réduire de 10 à 40 % l’auto-solisme. Ces mesures peuvent être prise dans le cadre d’une réflexion globale d’un PDE (Plan de déplacements d’entreprise).

Les passages des camions et autres véhicules polluants pourraient être plus réglementés et compensés par le fret ferroviaire et fluvial. La vitesse pourrait être limitée : en passant à 50 km/h par exemple, ce qui réduit aussi considérablement le bruit subit par les riverains. Des éco-péages peuvent être mis en place : on paie en fonction de la pollution de sa voiture, de son remplissage...

Enfin, il faut penser à l’aménagement urbain : idéalement chacun devrait pouvoir aller au travail à pied. Les quartiers d’affaires et les quartiers résidentiels doivent être proches : il faut arrêter de construire des bureaux à La Défense. Bref, des solutions existent !
 

Quels sont vos prochains projets ?

En novembre 2009, j’ai créé le blog Respireleperiph.over-blog.com, pour pouvoir communiquer sur de ces problèmes. L’association propose aussi de signer une pétition et a envoyé des courriers aux sénateurs, aux conseillers régionaux, aux députés. Je ne reçois pas de réponses. J’ai donc écris aux préfets de Paris et de la petite couronne. Si l’Etat ne me répond pas, je ne comprendrai pas.

Nous voulons organiser une balade avec des élus autour du périphérique, à l’image des balades urbaines qui sont organisées dans des lieux insolites. La visite s’organisera avec l’association Ça se visite. L’idée est de parler de l’histoire du périphérique, de sa géographie, de sa sociologie, et évidemment, de sa pollution. Ces quartiers ont une belle histoire. Celle du périphérique n’a commencé qu’en 1973 seulement. À nous tous de continuer son histoire, tout en sortant de la crasse et du poison…

Quelques liens

- Le blog Respireleperiph.over-blog.com

- Les Directions régionales de l’industrie, de la recherche et de l’ environnement (DRIRE)

- Airparif

- Pour connaitre l’état de la pollution dans le 18e, il existe une station de mesure de fond et des stations "trafic" sur le périphérique et sur l’A1

- Consulter le nombre de dépassement des normes pour divers polluants. Par exemple, 114 dépassements de la norme recommandée sur l’A1 et le périphérique pour les PM10 (particules fines).

Lire aussi sur notre site :

- Gare des Mines-Fillettes dans le 18e, nouveau quartier au dessus du périphérique.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

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