jeudi 17 avril 2014| 98 riverains
 

Vers la transition écologique du 18e arrondissement

Quartiers en transition, une association fondée par Antoine Lagneau, habitant du 18e, veut faire de l’arrondissement un « quartier en transition écologique ». Photo © Emilie Wood.

Comment faire face à la crise écologique ? Quartiers en transition cherche à fédérer les initiatives dans le 18e arrondissement de Paris. Antoine Lagneau, initiateur du projet et habitant du quartier, explique les objectifs de l’association. Entretien.

Face à la crise écologique, à quelle échelle doit-on agir ? Créée au début de l’année 2011, l’association Quartiers en transition, qui s’inspire du Mouvement de Transition initié en 2006 en Grande-Bretagne a décidé de se concentrer sur le 18e arrondissement de Paris. Avec un double objectif : montrer que la crise écologique touchera la vie quotidienne de chacun d’entre nous et réfléchir aux solutions à mettre en œuvre.

Après la création d’un blog et la fédération d’un groupe d’habitants du 18e, l’association a organisé, en mai 2011, au jardin Ecobox, des rencontres consacrées à l’alimentation et à l’agriculture. « L’Appel de la Chapelle » est ainsi né. Entretien avec Antoine Lagneau, habitant du quartier, à l’initiative du projet.

Dixhuitinfo : Quels sont les objectifs de Quartiers en transition ?

Antoine Lagneau : Nous souhaitons, avec les habitants du 18e, travailler sur les questions liées au changement climatique et au pic pétrolier. Ces phénomènes sont à la base de la réflexion lancée par Rob Hopkins, l’initiateur de ce mouvement en Angleterre. Ils ont de profondes conséquences sur notre mode de vie, notre économie, nos usages quotidiens (transport, alimentation, énergie…).

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Visite du jardin Ecobox. Au coeur de Quartier en transition, le principe de résilience : la capacité d’un territoire à surmonter les crises ou à se reconstituer après un traumatisme, qu’il soit écologique, économique ou social.

Que voulez-vous montrer ?

D’abord, souligner que les bouleversements liés au réchauffement de la planète et à l’épuisement des énergies fossiles auront des conséquences à court ou moyen terme dans notre vie de tous les jours. Même si la question écologique progresse dans l’esprit de la population, beaucoup imaginent que l’impact au quotidien sera limité, voire nul. Avec Quartiers en transition, nous voulons montrer que les conséquences seront bien réelles et toucheront tout le monde, sans exception.

Comment agir ?

Il faut anticiper en réfléchissant à la manière d’affronter ces crises environnementales, économiques et sociales. Sans verser dans le catastrophisme, car la transition est une vision optimiste, presque poétique pourrait on dire, et surtout porteuse de solutions pour l’avenir. L’objectif à terme de ce projet vise à mettre en pratique le principe de la résilience, c’est-à-dire la capacité d’un territoire à surmonter les crises ou à se reconstituer après un traumatisme, qu’il soit écologique, économique ou social.

Pourquoi le 18e arrondissement de Paris ?

Comme partout, ses habitants sont concernés par ces crises. Dès lors, initier une démarche de transition ici nous a semblé intéressant. D’autant plus que l’on ne pense pas au premier abord que celle-ci soit applicable sur ce type de territoire. Par exemple, le discours sur l’autonomie alimentaire porté par le mouvement des villes en transition peut sembler difficile à développer au regard de l’urbanisation qui nous entoure. Pourtant, sans rendre le 18e totalement autosuffisant d’un point de vue alimentaire, il existe quantité de pistes à explorer pour permettre à nos quartiers de ne pas être dépendants de produits importés depuis l’autre bout de la planète.

Cette idée semble loin des préoccupations individuelles de chacun…

La plupart d’entre nous pensons qu’il est impossible de changer le monde à son échelle. Pourtant la somme des actions individuelles est souvent aussi efficace, sinon plus, que les grands sommets internationaux comme Copenhague qui sont devenus de véritables cirques médiatiques et politiques.

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Le jardin Ecobox a donné ses premiers kilos de miel il y a quelques semaines. Quelles sont les solutions pour une alimentation locale dans le 18e ?

Quelles sont les initiatives déjà à l’œuvre dans le 18e ?

Les jardins partagés sont de bons exemples d’archipels de verdure, de liens sociaux, qui réinventent un autre rapport à la ville et, surtout, une nouvelle vision de la société. Le 18e en compte huit. Celui d’Ecobox, par exemple, avec lequel nous avons déjà organisé plusieurs événements, accueille de petites parcelles de potagers urbains. C’est aussi une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, il y en a cinq dans le 18e) qui, chaque semaine, distribue des paniers de fruits et légumes à ses adhérents. On y trouve également une ruche qui a donné ses premiers kilos de miel il y a quelques semaines et quantité d’autres d’initiatives s’inscrivant dans la démarche de transition (mise en place d’un composteur de quartier, recyclage et transformation de matériaux…).

Vous citez également comme exemple la ressourcerie l’Interloque...

Oui, car cette structure associative permet de donner ses vêtements, meubles, appareils ménagers usagers. Ces produits sont recyclés avant d’être revendus. C’est une forme d’engagement en faveur de notre planète. Une manière de résister à la société de consommation et au tout jetable. Ne pas se débarrasser d’un vêtement dont on ne veut plus mais le donner, ne pas céder systématiquement à la tentation d’acheter le dernier jean de marque qui aura été produit en Asie et parcouru des milliers de kilomètres, tout cela rentre dans le cercle vertueux de la transition.

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En Juillet dernier, l’association s’était associée aux « Estivales de la permaculture » organisées par Brin de Paille à Ecobox. La permaculture est à la base du mouvement de transition. Prochain projet : la création d’une carte du 18e recensant les différentes actions en faveur de l’environnement.

Comment rendre visible et fédérer ces initiatives ?

Avec l’appui d’un réseau local de transition et d’une carte, sur laquelle nous travaillons, qui permettra de repérer précisément l’ensemble de ces démarches. Ce document devra contribuer à l’émergence de nouvelles initiatives, collectives ou personnelles.

Avez-vous le soutien des élus ?

Dans le 18e et d’une manière générale sur Paris, les jardins partagés ne pourraient pas exister si la municipalité n’étaient pas convaincue de la nécessité de les développer. L’action politique est aussi déterminante que l’action citoyenne. Exemple, la mise en place du plan-climat parisien voté en 2011. Il s’agit d’un outil précieux de lutte contre le changement climatique. Il prévoit de réduire les émissions de gaz à effet de serre de Paris de 75% en 2050.

Quel pourrait être le rôle des entreprises locales ?

Elles peuvent être un rouage essentiel de ce mouvement. Dans le 18e, avec l’appui de Quartiers en transition, un réseau de restaurants approvisionné en produits biologiques issus de l’agriculture francilienne pourrait être mis en place.

Quartiers en transition a-t-il vocation à être reproduit dans d’autres arrondissements ?

Quartiers en transition a vu le jour dans le 18e car l’idée y est née. Mais l’association aurait très bien pu voir le jour dans un autre quartier de Paris. Comme cela est écrit sur notre blog, « Quartiers en transition se mobilise à Paris, dans nos arrondissements… ». Sa vocation est donc d’essaimer non seulement à Paris, mais aussi dans d’autres grandes villes, comme Lyon ou Marseille.

Lire aussi sur le site : Le jardin Baudélire sort de terre rue Baudelique

(Photos : Quartiers en Transition)

Où ça se passe:

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5 commentaires
  • Le 18e arrondissement en transition écologique 30 août 2011 18:10, par Anne-Marie

    Encore une jolie initiative des professionnels de la communication. L’interviewé critique Copenhague : "véritables cirques médiatiques et politiques", alors qu’à mes yeux faire pousser des plantes dans des pots ou des sacs posés sur les parcelles prêtées par la Ville est au mieux aussi inefficace ! Il faudrait commencer par faire un audit sérieux des éclairages publics et se pencher sur le gaspillage de l’eau (nettoyage des rues, récupération d’eaux de pluies, assainissement des rivières…). Ne rêvons pas non plus : les ménages ont de moins en moins la possibilité de se nourrir autrement qu’en consommant des produits issus de l’industrie agro-alimentaire. Des millions de Parisiens continueront à conduire leurs véhicules diesel jusqu’aux centres commerciaux et aux lieux de vacances. Le plan soumis au lecteur prévoit la réalisation du projet à l’horizon 2050 : je devrais donc vivre jusqu’à l’âge de 104 ans pour l’apprécier…. En attendant, cela fera toujours vivre un petit nombre de communicants, de fleuristes, de vendeurs d’outils de jardinage et coûtera de l’argent à la collectivité.

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  • Super !! Dans cette optique il y aussi le réseau "Colibris" : http://colibris.ning.com/ ainsi que ’Acteurs du paris durable" : http://www.acteursduparisdurable.fr/ :))

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  • Vers la transition écologique du 18e arrondissement 31 août 2011 14:04, par Thomas

    Anne-Marie, quel optimisme ! Que faisons nous, alors ? Faire un audit sur l’éclairage public ou le gaspillage de l’eau est une solution, nécessaire mais pas suffisante. Il faut absolument revoir nos modes de consommation et de déplacement. Et Quartiers en transition souhaite visiblement s’y attaquer. Encourageons-les !
    Que proposez-vous, Anne-Marie, pour éviter d’attendre 104 ans pour apprécier ces changements ?

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  • Vers la transition écologique du 18e arrondissement 31 août 2011 20:29, par Anne-Marie

    En réponse à Thomas : je ne suis pas optimiste du tout, mais essaie d’appliquer ce que j’ai appris à Freiburg en Allemagne.

    Toutes mes suggestions transmises aux élus ont été classées sans suite. Parmi les idées : faire pousser des plantes sauvages et cultivées en symbiose aux pieds des arbres, laisser les friches en l’état, mais enlever les détritus et y créer un sentier pédagogique, favoriser l’abeille caucasienne plutôt que l’hybride Buckfast, apprendre à jardiner vraiment en donnant priorité aux plantes adaptées aux sols et au climat… Mais surtout réduire les éclairages publics. En effet, 66 % des Parisiens interrogés le 10/01/2011 par le Figaro souhaitent revoir l’illumination à la baisse. La Ville a signé pour 10 ans un contrat d’un montant de 900 millions d’euros avec Bouygues/Vinci, et chaque particulier paie sur sa facture d’électricité la « contribution au service public d’éclairage » depuis 2003. Trop de lumière le soir tombé nuit à la santé humaine, de la flore et de la faune. Gardons seulement l’illumination des joyaux architecturaux, des carrefours et d’une partie des trottoirs (voir les préconisations de l’Apcn). Mes projets visent la préservation des espèces et la diminution des dépenses publiques. Ceci dit, me sentant responsable de l’avenir de l’humanité, je ne consomme que des produits de proximité selon les saisons, n’utilise jamais de voiture ni l’avion…et je n’achète pas de roses cultivées en Afrique ou en Amérique Latine, afin de ne pas cautionner les grandes sociétés qui privent ainsi les populations locales de terrains, d’eau, les exploitent et les rendent malades avec les phytosanitaires...

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  • Vers la transition écologique du 18e arrondissement 8 septembre 2011 19:30, par miclucas

    vous avez tout a fait raison . il faudrait aussi parler d autolib que l on nous impose ainsi que du tramway qui aura couté des centaines de millions au parisiens et qui rouleront a l electricite nucleaire alors qu il eut été beaucoup plus simple et enormement moins cher de faire des couloirs de bus specifique sur les marechaux ..........

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