mardi 28 mars 2017| 26 riverains
 

Une coopérative alimentaire démocratise l'accès au bio

La coopérative L’Indépendante regroupe actuellement 42 adhérents.

Comment manger bio et local à des prix abordables ? Créée par des habitants du 18e arrondissement de Paris, L’Indépendante, une coopérative alimentaire et solidaire, tente de relever ce défi pour les produits secs. Elle est ouverte tous les jeudis soirs, dans les locaux de la Maison Verte. Décryptage d’un fonctionnement atypique.

Trop chers, les produits bios et locaux ? Pas avec la coopérative alimentaire et solidaire de l’association L’Indépendante, dans le 18e arrondissement de Paris. À l’image d’une AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), cette coopérative propose des produits secs fabriqués localement et/ou issus de l’agriculture biologique. Des pâtes, des céréales, de l’huile, du thé, des confitures, de la farine, du savon, à des prix plus abordables qu’en grande surface ou qu’en magasin spécialisé (voir encadré), afin de rendre accessible ces produits au plus grand nombre.

Les emplettes sont effectuées tous les jeudis soirs, à la Maison Verte, 127 rue Marcadet, entre 19h et 22h. Comment obtenir des prix moins élevés ? Grâce à l’achat groupé des produits directement auprès des producteurs. La réduction des intermédiaires permet ainsi à la coopérative de vendre, tous les jeudis soirs, à la Maison Verte, les articles à prix coûtant. Un concept emprunté aux Groupement d’Achat Service Épicerie monté par l’association le Pot Commun, à Rochefort-sur-Terre, en Bretagne.

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Les produits de la coopérative respectent l’environnement et sont issus du commerce équitable.

Contourner les grandes surfaces

« Nous nous sommes rendus là-bas, en juillet, pour découvrir leur fonctionnement, explique Hervé Krief, un des initiateurs de la coopérative, qui a été conquis par l’initiative bretonne. Nous avons notamment repris le principe d’autogestion : tous les membres de l’association participent à la vie de la coopérative. » Dans le 18e, une première réunion est organisée fin septembre. À la surprise des organisateurs, une cinquantaine de personnes y assiste !

Une association est créée : elle s’appelle L’Indépendante, souhaite promouvoir les produits locaux, respectueux de l’environnement et issus du commerce équitable, contourner les grandes surfaces et des intermédiaires multiples, préparer la transition environnementale, inventer un lieu d’échanges et de débats avec les gens du quartier, créer de la solidarité entre ses membres.

Afin de monter la coopérative, les 42 adhérents de L’Indépendante se sont réunis régulièrement. Pour parler et décider, à l’unanimité. « On souhaite expérimenter une nouvelle forme de démocratie, explique Hervé Krief. À l’image des revendications des Indignés. » Une adhésion solidaire est aussi mise en place. Selon leurs revenus et leurs motivations, les adhérents choisissent de payer entre 2 et 10 euros de cotisation mensuelle. Cette somme contribue aux frais de fonctionnement de la coopérative et sert, par exemple, à l’organisation d’événements festifs [1]. Le 12 novembre 2011, une première fête de L’Indépendante s’est déroulée à la Maison Verte.

Ce lieu, connu pour ses activités de soutien scolaire, ses cours de français ou son soutien aux sans-papiers, a mis à la disposition de L’Indépendante un local afin de stocker les produits de la coopérative (voir ci-dessous l’interview de Stéphane Lavignotte). « À Paris, on ne peut pas louer un local, constate Evelyne Kerfant, initiatrice de la coopérative. Sans ce local, prêté gratuitement par la Maison Verte, les coûts des produits auraient été supérieurs. »

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Selon leurs revenus et leurs motivations, les adhérents payent entre 2 et 10 euros de cotisation mensuelle.

Porte-monnaie virtuel

Pour les premiers approvisionnements, la coopérative a fait appel à Terra Libra, une petite centrale d’achat de produits bios, locaux et issus du commerce équitable, basée en Bretagne et membre du réseau de commerce équitable Minga [2]. Mais à l’avenir, les produits bretons pourraient être remplacés par des produits plus locaux, venant de la région parisienne. Histoire d’aller encore un peu plus loin dans la réduction des déplacements.

À L’Indépendante, les adhérents encaissent eux-mêmes leurs achats, grâce à un porte-monnaie virtuel. Son principe ? Dans une boîte, le membre de la coopérative dépose la somme qu’il souhaite ajouter à son porte monnaie virtuel. Le montant de cette somme est ajouté virtuellement, sur un ordinateur, par l’adhérent lui-même. Ce dernier renouvelle l’opération à chaque fois que son portefeuille est vide, après avoir effectué des achats. Ce système mise ainsi sur la confiance entre les participants.

Avec son fonctionnement atypique, ses prix réduits, son choix d’un modèle respectueux de l’environnement, l’initiative pourrait rencontrer un franc succès. « Mais nous nous limiterons à 50 adhérents, prévient Hervé Krief. Nous ne voulons pas grossir… et tomber dans les travers que nous combattons. » Pas grossir, mais essaimer. Et pourquoi pas dans d’autres quartiers du 18e arrondissement.

Quelques prix de la coopérative
Une bouteille d’huile de colza = 4,35 € ; Sucre de canne complet = 3,19 € / kg ; Jus de pomme = 2,39 € / L, Shampooing = 11, 80 € / L ; Lentilles vertes = 3,47 € / kg ; Riz blanc = 2,35 € / kg ; 500 g de céréales petit-déjeuner = 1,53 € ; 200g de chocolat noir = 1,85 €.
« Les prix seront moins élevés que dans un magasin bio mais ne pourront rivaliser avec les prix discount puisque nous les achèterons au prix juste pour les producteurs, prévient la coopérative. Même si les produits sont plus chers que le discount, les adhérents achèteront moins de produits car ils seront moins sollicités que dans les rayons du supermarché où on ajoute facilement du superflu tant l’offre est grande. L’idée est d’acheter ce qui est nécessaire uniquement. On peut ainsi aussi faire des économies en changeant nos modes de consommation (moins de viande, plus de produits en vrac, pas de plats préparés) ».

Hervé Krief, initiateur de la coopérative, interrogé par Antoine Lagneau, animateur du site Quartiers en transition :

Stéphane Lavignotte, pasteur de la maison verte, interrogé par Antoine Lagneau :

Où ça se passe:

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2 commentaires
  • Une coopérative alimentaire démocratise l’accès au bio 13 décembre 2011 19:53, par Alice Bséréni,

    bravo et merci, une pierre de plus à nos résistances, un grain de sable dans la machine infernale de la consommation, Alice

    Répondre

  • Cette initiative est vraiment humaine, la distribution de biens et services, produits industriels (cosmétiques, boites de conserve etc.) et de consommation courante est un atout pour les personnes en situation de précarité, mais en état de précarité pourquoi ? Je me posais la question, si les prix annoncés sur ce site pourtant bénévole et axant sur des denrées distribuées dans les plus bas prix possibles sur la métropole, ne dépassent ou égalent les prix des discounts de ma région : une brique de lait dans les discounts au plus bas prix coûtant de la région où je vis : 0.59 centimes d’euro minimum, et de 1 euro à 2 pour les laits bio et conservés au frais. J’avoue ne m’alimenter que dans des halles ou supérettes locales, et vis chichement mais sans grande restriction, les prix des centres villes édifiants. Ceux prix pratiqués à Paris effrayants, plongeant des populations entières dans la misère, source d’épidémie, bronchiolite, pneumonie,méningocoques etc.pour un salaire identique, étant donnée l’inflation, entre le Nord et le Sud de la France je vois là une différence nette, pour le même panier de le ménagère, je dépense beaucoup moins qu’à Paris, et cette misère noire, une escroquerie de plus, insupportable.

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