
Le square de la Madonne. Photo © Émilie Wood EMI-CFD.
Certains habitants du 18e arrondissement de Paris ne se sentent pas en sécurité dans les jardins municipaux de leur quartier. Ils incriminent le nombre trop réduit d’agents de surveillance. Reportage.
« Là-bas, il y a du trafic de came, des groupes qui rapportent leurs cocottes-minutes et tout leur attirail, laissant des saletés derrière eux ». Marylou Zacharie, riveraine du quartier, désigne le petit espace vert qui fait face au square de la Madone, situé entre Marx Dormoy et la Porte de la Chapelle, quartier populaire du 18e arrondissement.
Incivilités, consommation de drogues et d’alcool, agressions et bagarres et seraient trop fréquentes. Les habitants imputent ces problèmes au manque de gardiens. La mairie de Paris gère la surveillance des espaces verts selon leur superficie. Un site de plus d’un hectare est considéré comme prioritaire. Au moins un gardien doit y être affecté en permanence. Les parcs plus petits, dits secondaires, font l’objet de rondes.
Un gardien pour trois squares
Dans un secteur comme celui du nord du 18e (dans les environs de la mairie et de la porte de Clignancourt), un gardien gère au moins trois squares. Les 34 squares de l’arrondissement comptent une cinquantaine d’AAS (agents d’accueil et de surveillance). Un gardien en congé ou en arrêt maladie et c’est toute l’équipe qui est déstabilisée, ce qui conduit parfois à la fermeture de certains parcs.
Le parc Léon Serpollet est un site prioritaire. Communément appelé le parc des Cloÿs (du nom de sa rue), il est situé à proximité de la mairie, quartier commerçant et animé. Marie-Pierre Dauloudet, une habituée de l’endroit, témoigne : « L’été dernier, un jeune à l’allure efféminée a failli être étranglé. Des bandes de jeunes dont certains ont à peine dix ans se battent souvent. Les gardiens le savent, mais ne bougent pas. »
Tissu associatif
À cela, Roger*, un agent, réplique : « Nous faisons de notre mieux pour que tout aille bien. Nous essayons d’intervenir quand il y a des problèmes. En été, lorsqu’il y a plus de mille personnes, comment voulez-vous qu’on ait l’œil partout ? » Pascal Julien, élu Vert, adjoint au maire du 18e, chargé des espaces verts et de l’environnement, reconnaît l’existence de problèmes dans certains parcs. Mais les solutions existent.
Le square Léon, au cœur de la Goutte d’Or, était réputé difficile. Mais grâce au tissu associatif et à la mobilisation des riverains, des animations quasi quotidiennes ont eu lieu tout l’été, lui donnant un nouveau visage. Pour Pascal Julien, « c’est la mise en place d’initiatives comme les jardins partagés qui permettent de résoudre les conflits, plutôt que d’ajouter des gardiens ».
Mauvaise humeur
La sécurité concerne aussi les agents. Une agression d’agent de la ville sur quatre concerne un gardien de jardin public. L’heure de fermeture des parcs est souvent un moment de tension. Les usagers rechignent à quitter les lieux et les agents doivent composer avec leur mauvaise humeur.
L’absence ponctuelle de gardiens dans les jardins ne dérange pourtant pas Marylou Zacharie. Cette riveraine reste optimiste. « Nous sommes dans un quartier de mixité sociale et je vois cela d’un bon œil, note-t-elle. On sait où l’on est ici. Donc, on sait à quoi s’attendre. Les SDF aussi ont le droit de se poser quelque part. »
*Le prénom a été modifié.
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