samedi 21 octobre 2017| 16 riverains
 

Graine de jardins sème des potagers dans la ville

L’équipe de Graine de jardins : de gauche à droite, Jacques Lepage, laurence Baudelet, Laurène Caudal et Gilles Roux. Photo © Nadia Benchallal.

Depuis 2003, plus de 60 jardins partagés ont été créés à Paris intra-muros (autant dans toute l’Ile-de-France) par Graine de jardins, avec l’appui de la mairie de Paris et des bailleurs sociaux. L’association est basée dans le 18e arrondissement de Paris, dans le quartier de la Goutte d’Or. Rencontre.

Graine de jardins a désormais pignon sur rue. L’association vient d’ouvrir un local, un vrai, au cœur de la Goutte d’or, en face du futur square Alain Bashung, 21 rue de Jessaint. Certes l’endroit est pour l’heure assez nu, ni table ni chaise. Le trio qui l’occupe est en emploi aidé. Autant dire précaire. Mais ça n’empêche pas des causettes à même le sol et beaucoup de rigolade.

Laurence Baudelet, la fondatrice, a 41 ans, une bouille ronde et la mine rieuse. Mais, méfiance, c’est une guerillera. En clair, une adepte de Green Guerilla, ce mouvement né aux Etats Unis dans les années 70. Aujourd’hui, leurs inventeurs sucrent un peu les fraises. Mais on leur doit ces multitudes de jardins qui, entre béton et bitume, font la nique à la morosité des villes américaines.

Squatteurs de friches

A New York, de Brooklyn au Bronx, en passant par Harlem, plus de 750 jardins sont nichés dans les friches, les interstices entre les immeubles, partout, pour créer de la vie, des rencontres. Idem à Berkeley et Détroit. Ce fut un combat contre la spéculation immobilière, les maires. Et un corps à corps avec la police, qui matraquaient les squatteurs de friches : il y eut même un mort à Berkeley.

Au retour d’un séjour à Berkeley justement, en 1995, l’idée a germé chez Laurence : « Ici, raconte-t-elle, je ne connaissais que les jardins publics et les jardins familiaux. Là-bas, j’ai découvert des jardins collectifs, en plein cœur de quartiers où les habitants organisent des repas, où les enfants viennent jouer, où tout le monde peut rentrer. »

Charte Main verte

Paris somnole. En 2001, Laurence crée l’association Graine de jardin et tente de réveiller les nouveaux élus parisiens. Elle en embarque quelques-uns pour qu’il voient eux-mêmes ce qui passe dans les rues de New York. Bingo : en 2003, la mairie de Paris lance la charte Main verte. Elle vise tout simplement à créer des jardins dans tout Paris. L’association travaille aussi avec le Sénat sur une proposition de loi consacrant la reconnaissance de ces jardins.

L’équipe de Graine de jardins s’est agrandie. Jacques Lepage, 48 ans, tient, et remarquablement, le web de l’association. Il jardine au jardin perché, rue des Vignoles. De quoi nourrir une réflexion écologiste et l’envie de la semer : « J’aime l’idée de reconquérir des savoirs faire pour maîtriser le transport, l’énergie, l’alimentation. Ca force à penser à ce qui pousse ici et maintenant. Il y a aussi une dimension d’éducation populaire par exemple dans le compost pour montrer aux gens comment se débarrasser des déchets. »

Fleurissement participatif

Le troisième larron est une brune aux yeux clairs. Laurène Caudal a 23 ans, une licence professionnelle des métiers du développement social et urbain en poche qu’elle a poursuivi par un DUT et un stage à la Fédération des jardins familiaux. Mais c’est la lecture d’un livre "Jardins partagés"(*), co-écrit par Laurence (1), qui l’a conduit vers Graine de jardins : « J’aide à la tenue du web et j’accompagne Laurence dans les missions qui nous sont demandées. On visite les sites pour voir la configuration du jardin, on discute avec les habitants, on montre les autres expériences, on établit avec eux le règlement intérieur. Actuellement on a de plus en plus de demandes de la part des bailleurs pour créer des jardins en pied d’immeuble. »

Dans le nouveau local de Graine de jardins, il y a des paniers renversés ceux qui servent de contenant pour la culture hors sol du jardin l’Univert, Ecobox, et la Goutte verte. Il y a aussi les photos de Gilles Roux. Un grand barbu à lunettes, ingénieur agronome et paysagiste : « J’aide au montage des projets, à la recherche de financement, tout ce qui est technique. Un jardin je sais faire, mais ce n’est pas ce qui m’importe le plus. Ce que je souhaite c’est que les habitants se réapproprient l’espace public. »

Laurence confirme : « L’important aujourd’hui c’est le fleurissement participatif, laisser pousser l’herbe au pieds des arbres plutôt que d’en faire des réceptacles à mégots. Pour cela il faut convaincre : les habitants, adeptes du tout propre et les jardiniers de la ville qui, pendant des années, ont manipulé de produits dangereux pour l’environnement pour leur santé. » En somme, la guerilla continue.

(*) Jardins partagés, utopie, écologie, conseils pratiques
Par Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy
Editions Terre vivante.

Graine de jardins
21 rue de Jessaint - 75018
Tél : 01 42 23 39 25
Mail en cliquant ici.

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