mercredi 23 août 2017| 21 riverains
 

 Au jardin de l'Univert, du lien social dans la Goutte d'Or

Caroline Falletta enseigne à Emmanuel le repiquage des radis. Photo © Nadia Benchallal.

L’Univert n’est pas un simple jardin d’insertion : cet espace vert, au cœur du 18e arrondissement de Paris, est aussi un lieu unique où les riverains se parlent. L’Univert participait à la Fête des jardins, samedi 24 septembre 2011. Reportage et portfolio.

Le 24 septembre 2011, jour de la fête des jardins et devant un parterre de visiteurs, Mama a chanté a capella, à la façon des griots de son pays natal, le Sénégal. Elle a chanté l’Univert, ce jardin qu’elle voit tous les matins en ouvrant ses fenêtres. Mama a été parmi les premières a venir désherber ce qui n’était alors qu’une friche ingrate, le toit du parking de la résidence Paris Habitat du 33 rue Polonceau.

Aujourd’hui, la friche a tout d’un jardin extraordinaire. On ne voit rien de la rue mais passée la porte et en contrebas, la vision est superbe : Une farandole de paniers d’osier. C’est là que poussent des tomates, des courgettes, des aubergines, des haricots, des fraises, des radis. Là aussi que se dressent de grands tournesols, là que le chèvrefeuille commence à escalader la grille qui sépare le jardin d’une autre friche, celle du commissariat de la rue Polonceau. Là enfin, que la vigne, plantée à l’automne 2010, a donné ses premiers raisins.

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Khadija et Caroline cueillent les dernières fraises. Photo © Nadia Benchallal.

Ce 24 septembre, Mama la griote, a aussi fait l’éloge de Caroline Falletta. La créatrice et animatrice de L’Univert est une jeune femme douce, menue et enjouée. Elle est à pied d’œuvre depuis un an : « Je suis architecte de formation, raconte t-elle, mais après avoir exercé mon métier, j’ai passé une licence d’insertion par la culture au CNAM. J’ai ensuite suivi un stage dans un jardin solidaire : les jardins du béton saint blaise. J’habite la goutte d’or depuis quinze ans et j’aime mon quartier d’amour. J’ai étudié les bienfaits que peut avoir le jardinage sur les personnes en difficulté sociale ou psychologique. »

On est en 2009 : c’est décidé, Caroline Falletta créera un jardin d’insertion au sein de son quartier. Elle frappe à toutes les portes et trouve des appuis : l’Association Vert l’Avenir (AVA), l’équipe de Développement local de la Goutte d’Or, Services 18, Graine de jardins, la mairie du 18e, la Préfecture, la Fondation de France, etc. Halage, une association d’insertion par le travail dans le domaine de l’environnement porte le projet et l’embauche de la jeune femme. Une convention avec Paris Habitat est signée. Coût annuel de l’opération : 60000 euros. La somme couvre aussi l’emploi d’adulte-relais de Caroline.

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Vue sur les fleurs : un fameux spectacle pour les riverains de la rue Polonceau. Photo © Nadia Benchallal.

Le 1er septembre 2010, l’Univert s’installe au 33 rue Polonceau. Mais nous sommes au début de l’automne, pas question de planter, il faut aménager le terrain. Une chose est sûre, il y aura tout ce qui fait un jardin, un vrai : la serre pour les semis, la cabane à outils, le récipient à compost. Et bien entendu, tout sera bio.

Contact est pris avec la trentaine d’associations qui s’occupent de personnes vivant avec les minima sociaux : les futurs jardiniers. On crée des liens avec les habitants du HLM qui surplombe le jardin, sans oublier les associations du quartier notamment celles qui travaillent auprès des enfants. Depuis le début du mois de septembre, une quarantaine de personnes sont venues de tout Paris. « Certains passent, disparaissent puis réapparaissent. Pour eux, c’est un tremplin », précise Caroline.

Mais il y a un noyau dur. Philippe par exemple, 48 ans, un petit bonhomme jovial et costaud, l’homme à tout faire du jardin : « C’est moi qui ai monté la serre, taillé les massifs au fond du jardin, planté les arbustes. » Il vient de décrocher une formation en espace vert et il est sur le départ : « Ca m’a occupé de venir ici, le temps de trouver du boulot, C’est mieux que le bistrot non ? » Yoyo, elle, Casquette au ras des yeux et clope au bec,vient en voisine avec le café : « Ce jardin me rappelle mon enfance, je suis née dans le Jura, j’aime travailler la terre et j’aime le calme. »

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Philippe tuteure un rosier. Photo © Nadia Benchallal.

Le troisième larron s’appelle Khadija. Une tornade brune et gouailleuse. À 42 ans, Elle élève seule sa fille, vit avec un RSA (revenu de solidarité active) et améliore l’ordinaire en gardant des enfants. À la Goutte d’Or, elle est de toutes les rencontres : « Je chante à la chorale, fréquente l’atelier de couture de Sakina, rue des gardes, Je suis aussi bénévole à l’Institut des Cultures d’Islam pour les veillées du Ramadam et je m’éclate en faisant des frites-merguez à la fête de la Goutte d’Or. » Et elle poursuit : « Je suis dans le jardin depuis le début. Et, ce que j’aime surtout, c’est l’ambiance, la chaleur. »

Au jardin, il y a aussi des visiteurs : Mohamed, le fils de Mama qui est musicien, et Fathia, femme de service dans une école, qui passe en rentrant du travail. Il y a tous ceux qui saluent en rentrant en voiture dans le parking. Et on a même vu, l’imam de la mosquée de la rue Myrha, venu un soir apporter un grand sac de terre.

Le projet était au départ, d’ouvrir un jardin d’insertion, de créer du lien entre les habitants et d’embellir le quartier. L’univert a semé des graines. Il ne reste plus qu’à les récolter et à bouturer les plants. C’est ce que Caroline se propose d’entreprendre les mercredis d’automne à venir, avec les enfants de la Goutte d’Or.

Contact ici.

Portfolio

Une dessinatrice à l'Univert. Photo © Nadia Benchallal. Mama, la griote, fait l'éloge du jardin. Photo © Nadia Benchallal. Une visiteuse lors de la Fête des jardins. Photo © Nadia Benchallal. Lors de la Fête des jardins. Photo © Nadia Benchallal. Avec vue sur les fleurs du jardin. Photo © Nadia Benchallal. Philippe, tuteure un rosier. Photo © Nadia Benchallal. Dernières fraises pour Khadija et Caroline. Photo © Nadia Benchallal. Fatiah, la visiteuse du soir, contemple l'Univert. Photo © Nadia (...) Caroline enseigne à Emmanuel le repiquage des radis. Photo © Nadia (...) L'épouvantail, indispensable dans un jardin. Photo © Nadia (...) Le jardin, vu de la terrasse. Photo © Nadia Benchallal. Cultures en panier. Photo © Nadia Benchallal.

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