jeudi 18 septembre 2014| 105 riverains
 

Le théâtre pour dédramatiser la vie quotidienne

Amener le théâtre là où on ne s’y attend pas, c’était le leitmotiv de l’intervention théâtrale de la compagnie Gaby sourire, dimanche 10 octobre 2010, au 28-30 rue de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. En filigrane, c’est aussi un moyen de créer du lien entre voisins, dans un immeuble qui connait quelques tensions.

« Les gens sont surpris : en rentrant dans la cour de leur immeuble, dans le 18e arrondissement de Paris, ils voient des clowns en train de faire des pitreries et de passer le balai. » Sylvie Haggaï n’est pas peu fière. L’effet obtenu par sa compagnie de théâtre, Gaby sourire, dimanche 10 octobre 2010, chez les riverains d’un immeuble de la rue de la Goutte d’Or, est bien celui recherché : surprendre. Oui, mais pourquoi ? Pour créer du lien entre les habitants d’un immeuble du quartier, théâtre de quelques tensions.

JPEG - 7.4 ko
Les clowns de la compagnie en action, sur un des balcons de l’immeuble.

Elle a travaillé depuis le mois de mai avec l’amicale des locataires, et les habitants eux-mêmes, pour monter ce petit spectacle, avec une dizaine d’artistes, au plus près de leur quotidien. « Ça fait du bien à la vie de l’immeuble », confirme Mme Kémiti, riveraine. Un peu d’animation dans l’immeuble qui permet de dédramatiser certains aspects de la vie de tous les jours. « Les couches-culottes qui volent par la fenêtre pour atterrir dans la cour, je connais. Pourtant, voir les comédiens jeter des sacs en plastique vide, ça me fait sourire », explique sa voisine.

Je ne connais pas mon voisin

« Nous avons une réelle volonté d’amener le théâtre là où on ne s’y attend pas. Les habitants sont surpris de nous voir. Ils s’interrogent, nous observent à travers les rideaux. Certains viennent nous questionner. On en profite pour discuter avec eux, on apprend leur histoire. Et les habitants finissent par discuter entre-eux. » Objectif atteint. « On entend trop souvent des "je ne connais pas mon voisin", déplore Sylvie Haggaï. On ne débarque pas en prétendant qu’on va régler tous les problèmes dans l’immeuble, non. C’est une forme de réunion informelle, pour apaiser. » Un avis largement partagé parmi les spectateurs. « Je vis ici depuis 15 ans ; ça ne règlera pas les problèmes de cour sale ou de trafic de drogue, explique Fatima, mais leur action est positive ».

JPEG - 70.5 ko
Sylvie Haggaï, co-créatrice de la Cie Gaby sourire. Elle habite depuis plus de 20 ans à la Goutte d’Or.

Une première représentation a été faite fin septembre 2010 et, ce dimanche 11 octobre doit être la dernière. Tomber de rideau. L’action, commanditée et financée par une subvention de 7 000 euros octroyée par le bailleur Paris Habitat, ainsi que la Ville de Paris, doit prendre fin. Une fin qui a un goût d’inachevé pour Sylvie Haggaï. « J’aimerai pouvoir continuer en 2011. Nous avons fait des rencontres passionnantes et parvenir à impliquer les habitants, les rendre acteurs et pas seulement spectateurs du spectacle serait formidable. »

Depuis 20 ans qu’elle habite la Goutte d’Or, Sylvie Haggaï se définit comme un témoin privilégiée de l’évolution du quartier. « Il y a encore beaucoup de personnes qui ont peur de ce coin du 18e. Ils n’y viennent pas car ils ne le connaissent pas, ou mal. J’en entends beaucoup qui disent "ah, la Goutte d’Or, tu voyages. C’est le Maroc, c’est l’Inde". La Goutte d’Or, c’est pas le Club Med’, prévient-elle. Y’a une réalité sociale derrière, pas toujours évidente. C’est un peu snob et un très rapide cliché du quartier ». Pourtant, depuis 20 ans, elle ne peut que constater son ouverture : « On voit de plus en plus de touristes. » Une ouverture à laquelle elle souhaite contribuer, encore, avec sa troupe.

Rejoignez la Cie Gaby Sourire sur Facebook.

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com