dimanche 26 mars 2017| 18 riverains
 

Le grand jeu de rôle des petits théâtres du 18e

Le Théâtre l’Atalante, place Charles Dullin.

Soixante places au maximum : une kyrielle de petite salles de théâtre sont situées dans le 18e arrondissement de Paris. Beaucoup vivent sans subventions, portées par le dynamisme d’une programmation variée et la foi de leur patron. Reportage.

« Je veux être maitre chez moi, même si cela est difficile parfois. » Rue Coustou, Michèle Tollemer a ouvert l’Atelier Théâtre de Montmartre en 2002. En toute indépendance. « Le métier est précaire, le choisir c’est accepter succès et échec. » Ne percevant aucune subvention, l’établissement subit les soubresauts de la crise économique depuis deux ans. Pour autant, les spectateurs sont étonnés de la qualité de sa programmation. Et reviennent souvent. « J’arrive mieux à tenir avec les spectacles pour enfants qu’avec ceux pour adultes », précise Michèle Tollemer. La fidélité du public pour les spectacles jeunesse tient en partie à des financiers : la place ne coute que 6 euros. Si Michèle réussit des prouesses avec peu de moyens, c’est aussi grâce à un réseau de connaissances crée par le passé.

Dans le même esprit d’autonomie et de créativité, Catherine Larousse, directrice de l’association Le Tremplin Théâtre, fait vivre la salle du même nom depuis 1991. « Nous donnons leur chance à de petites compagnies, amateurs ou professionnelles, qui n’ont pas les moyens de se produire dans des grandes salles parisiennes », explique Romain Landry, le régisseur. Comme son nom l’indique, Le Tremplin Théâtre est aussi une passerelle pour des projets sociaux. La comédienne Séverine Hinschberger y anime des séances d’alphabétisation pour adolescents et des ateliers d’expression théâtrale pour adultes chômeurs de longue durée.

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Alain Alexis Barsacq, directeur artistique de l’Atalante.

Sans fond de soutien, ni subvention, ni lien avec le CNT (Centre national du théâtre), seul le taux de remplissage du théâtre permet de mener à bien tous les projets. Les tarifs adaptés a chaque catégorie de population (de 10 à 17 euros) et le renouvellement régulier des spectacles expliquent le succès de cette salle auprès du public. Place Charles-Dullin, L’Atalante accueille soixante spectateurs dans une « salle-scène », un concept mixte qui permet une plus grande proximité entre le public et les comédiens. Alain Alexis Barsacq, son directeur artistique, est un enfant de la balle : son père, André, a dirigé le grand Théâtre parisien de l’Atelier pendant trente ans.

La renommé de L’Atalante n’est plus à faire. Ouvert en 1984 ce théâtre compte parmi les plus vielles salles du genre. Sa programmation est faite à 95 % de créations contemporaines et d’adaptations de classiques et à 5 % de spectacles achetés à l’extérieur. Il ne propose pas de spectacles jeune public. Propriété de la famille Barsacq, ce théâtre privé est dirigé par la Compagnie des Matinaux. La troupe bénéficie d’une aide au fonctionnement de 74.000 euros par an, versée par la Drac ( Direction régionale des affaires culturelles) de l’Ile-de-France.

L’Alambic, en revanche, ne perçoit ni subventions ni droit de suite. Repris en 2008, ce théâtre, rue Neuve-de-la-Chardonnière, est géré par Loïs Le Du, qui est en permanence à l’affut de spectacles de qualité. Il reconnait que c’est difficile financièrement : « Monter un théâtre, c’est avant tout de la passion. Le système n’est pas équitable. Les grandes structures méprisent les petites comme nous, mais lorsque les pièces deviennent rentables, elles les récupèrent. » L’intérêt artistique des petites salles est avant tout de faire connaitre des jeunes talents. « Les comédiens veulent jouer. Les grands théâtres ne travaillent qu’avec des tètes d’affiche », rappelle Loïs Le Du.

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La crypte du Martyrium de Saint Denis, rue Yvonne-Le-Tac.

Le seul moteur gestionnaire des petites salles reste l’amour de l’art. Leurs théâtres reçoivent chaque soir une grande diversité de spectateurs. Plusieurs sites Internet proposent d’acheter les billets à tarif réduit, à 10 euros maximum. Le manque de visibilité les rend vulnérables. Souvent cachés dans des petites rues, derrière des façades quelconques, sans accroche lumineuse, les petits théâtres sont difficiles à repérer. « Chacun a son public dans le 18e, et à Montmartre, on peut tout se permettre », s’enthousiasme Romain Landry, le régisseur du Tremplin Théâtre, rue des Trois-Frères.

Pour les amateurs d’étrange, il y a la crypte du Martyrium de Saint Denis, rue Yvonne-Le-Tac. Le comédien et metteur en scène Zygmunt Blazynsky, partage cet endroit sacré avec des jésuites. Soixante personne peuvent y prendre place pour l’écouter réciter, le vendredi soir et le weekend, des poésies tirées du répertoire universelle : Rainer Maria Rilke, Fernando Pessoa ainsi que d’autres grands auteurs. Toutefois, en dépit de tarifs attractifs et d’entrées libres, si les thèmes abordés sont religieux, le spectacle de poésies n’attire plus guère. Lieu de création et de partage social, les petits théâtres ont un rôle culturel important à Paris. Ils permettent à des nouvelles générations de comédiens de s’affirmer en leur proposant un accueil devant un public très chaleureux.

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