mardi 22 août 2017| 457 riverains
 

Yochk'o Seffer, la musique pour se jouer des frontières

Musicien insatiable, peintre talentueux, Yochk’o Seffer vit depuis trente ans dans le 18e arrondissement de Paris. Du jazz au classique, en passant par la pop et le groove, l’artiste d’origine hongroise n’en finit pas de briser les frontières au fil d’une vie trépidante. Son histoire est incroyable. Portrait.

Quand le jeune Yochk’o Seffer débarque à Paris, en 1957, il devient immédiatement clochard. Trois mots de français pour bagage. Un banc de la place Clichy, dans le 18e arrondissement, lui sert de lit. Il touche cinq francs par jour au titre de l’aide sociale. Ses menus se composent invariablement de sardines à l’huile. « Clodo, c’est une autre dimension, raconte aujourd’hui le gaillard dans un large sourire. C’est une manière de vivre que tout homme devrait connaître. » Yochk’o Seffer, c’est 70 ans et autant de disques publiés. Musicien éclectique, connu pour ses prouesses à la clarinette et au saxophone, pianiste émérite, le personnage joue depuis trente ans avec la fine fleur du jazz français.

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Dans son studio de répétition, dans la Goutte d’Or, Yochk’o Seffer joue du tarogato, un instrument à vent d’origine hongroise.

« Je ne supporte pas d’être enfermé », répète souvent Yochk’o. La maxime vaut pour sa musique comme pour ses convictions personnelles. Il a 17 ans quand il décide de fuir l’invasion de son pays, la Hongrie, par les militaires soviétiques, en 1956. Sans bagages, mais sa clarinette sous le bras. Il tire ainsi un trait définitif sur une enfance « heureuse », encadrée par des « parents adorables ». Une jeunesse marquée par de solides études musicales classiques (son père est clarinettiste soliste à l’opéra de Miskolc, bourg industriel au nord-est de la Hongrie) et par la pratique régulière du dessin (sa mère est peintre).

Adieu le big band du lycée Béla Bartok, où Yoch’ko interprète depuis ses 13 ans des standards de Benny Goodman et Glenn Miller, ses idoles, qu’il a découverts en écoutant clandestinement la BBC. Au revoir le foot, le water-polo, l’escrime, les potes, la famille : il ne prévient personne et franchit clandestinement la frontière autrichienne, au nez et à la barbe de l’Armée rouge. Recueilli par la Croix-Rouge, il transite dans un camp militaire en Autriche, avant de prendre la direction de l’Est de la France. Forbach, à côté de Metz, où vit l’un de ses oncles. « J’ai toujours entendu parler de la France, raconte Yochk’o. À 11 ans, je voulais déjà venir à Paris, qui avait la réputation d’être accueillante et riche culturellement. »

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Sylvain Miller et Yochk’o Seffer, séance d’improvisation autour de Bartok.

Statut de réfugié politique en poche, Yochk’o bosse dans l’usine de son oncle qui l’héberge aussi quelques mois. Mais, à l’étroit dans les tâches administratives qui lui sont assignées, il décide bientôt de rallier Paris. L’épisode du banc place Clichy ne dure pas : un ingénieur du 15e arrondissement le prend sous son aile, lui offre le gîte et le couvert. Il lave des voitures pour s’offrir un saxophone alto, avant de renvoyer sa clarinette en Hongrie : « Elle appartenait au lycée de Miskolc. En la gardant, mon père risquait de perdre son travail en Hongrie. »

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A 70 ans, Yochk’o Seffer puise toujours son inspiration dans un singulier éclectisme musical.

En 1960, il entre au Conservatoire de Paris et obtient une bourse de 600 francs par mois. Sept heures par jour sur son saxo, il côtoie les plus grands noms du jazz français (de Michel Portal à Jean-Luc Ponty), découvre Coltrane, Monk, Coleman… Il fréquente assidûment les clubs de la capitale. « Au début des années soixante, des orchestres travaillaient dans la plupart des boîtes à strip-tease de Pigalle, raconte Yochk’o avec son inimitable accent magyar. Les musiciens étaient le plus souvent recrutés place Pigalle, où un groupe d’une centaine de musiciens patientait tous les mardis. J’en étais, évidemment ! Il fallait bien vivre. » Aléatoire, la course au cachet peut aussi s’avérer payante. « C’est là que j’ai rencontré le saxophoniste d’Eddy Mitchell, lequel voulait développer sa section de cuivre, se souvient Yochk’o. J’ai joué six ans dans son groupe. Nous sommes toujours amis. »

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Le coin du peintre et du plasticien, ici aux commandes d’étranges sculptures musicales.

Yochk’o Seffer vit depuis trente ans dans la Goutte d’Or avec son épouse : « J’adore ce quartier. Quand je le quitte, c’est pour y revenir au plus vite. » Lui, l’adepte des mélanges en tout genre, regrette une seule chose, « la ghettoïsation du secteur ». « Les habitants des différentes communautés vivent entre eux, désormais. Je déteste le communautarisme, mon désir de vivre avec l’autre est immuable. » L’artiste compose et répète ses musiques à l’étage de son vaste appartement. D’un côté, la batterie jouxte un piano à queue. De l’autre, un chevalet de peintre côtoie une table de travail. Au milieu, d’étranges sculptures musicales sont disposées à même le sol : c’est la combinaison parfaite de ses deux principales passions, la musique et les arts plastiques. Zao, Yog, Neffesh Music : depuis Magma, en 1970, il multiplie les collaborations, noue et dénoue des formations musicales au fil de ses inspirations. Classique, pop ou jazz, aucun genre ne lui échappe. Yochk’o Seffer met toujours un point d’honneur à briser les frontières.

Pour en savoir davantage : biographie, discographie et toiles de Yochk’o Seffer en cliquant ici

Trois concert à La Timbale

Accompagné de Bruno Schorp à la contrebasse, Sébastien Lovato, au piano et Jean-Pascal Molina, à la Batterie, Yochk’o Seffer donnera une série de trois concerts à La Timbale, 2 rue Versigny, dans le 18e arrondissement.

Plusieurs toiles de l’artistes sont également exposées sur les murs du bar.

- Samedi 10 avril 2010 : soirée consacrée à Thelonious Monk.
- Samedi 17 avril 2010 : soirée consacrée à John Coltrane.
- Samedi 25 avril 2010 : tradition et feeling jazz avec le tarogato, instrument à vent typiquement hongrois.

Entrée libre

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