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Privée de ses instruments pour avoir joué aux Abbesses

Giuilia et son perroquet Lola chantent devant le manège de la place des Abbesses début mai 2012. Photo © Fiona Camilleri.

La chanteuse espagnole Giuilia s’est faite confisquer son micro et son ampli par la police parce qu’elle jouait dans la rue près de la Place des Abbesses, dans le 18e arrondissement de Paris. Sans trace écrite de cette sanction, elle est sans nouvelles de ses outils de travail depuis trois semaines. Portrait.

Giulia, artiste professionnelle, « a besoin de chanter tous les jours » et aime le « contact avec le public ». Alors le 22 mai 2012, vers 14h, elle pose son ampli place du Tertre aux côté des peintres montmartrois, s’arme de son micro et entame son répertoire de chansons en cinq langues. Sa musique, pourtant calme, n’est pas du goût des policiers, qui lui demandent de partir. Elle décide donc de se déplacer sur une zone de tolérance près de la place des Abesses, à l’angle de la rue Ravignan.

L’heure tourne, les enfants du quartier sortant de l’école ont pris l’habitude de rendre visite à Giuilia, et surtout à son perroquet qui la suit partout où elle va. Ils se réunissent autour de la chanteuse, ainsi que quelques passants attirés par la mélodie. Trouble-fêtes, les policiers reviennent à la charge et, invoquant la « récidive », décident d’embarquer l’ampli et le micro de la jeune espagnole, qui fond en larmes. Depuis, elle est sans nouvelles de ses outils de travail.

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Le matériel de Giulia a été confisqué par les policiers. Elle ne peut plus chanter. Photo © Marie Aveline.

Privée de son ampli et son micro, Giuilia n’en a néanmoins pas perdu la voix, elle ne mâche pas ses mots concernant sa mésaventure : « Je n’ai pas de trace écrite de la confiscation, ils ont juste pris mon nom et mon numéro de téléphone » , raconte l’interprète, connue pour avoir chanté dans la BO du film de Woody Allen, Vicky Cristy Barcelona. « Je me suis présentée au commissariat, on m’a dit qu’on allait me rappeler. »

Trois semaines plus tard, la police n’a toujours pas donné signe de vie. Ses amis musiciens du quartier restent pessimistes : selon eux, ses instruments ne lui seront pas retournés avant huit ou neuf mois. D’ici là, Giuilia sera déjà sur d’autres routes. Cet été, elle part faire des concerts en Pologne. « C’est du matériel qui coûte cher, 600 euros en tout. » Mais ce n’est pas ce qui lui importe le plus : « Même s’il faut payer une amende, je suis d’accord, mais je suis en droit de savoir où sont passées mes affaires !  » explique-t-elle, contrariée mais déterminée. « Heureusement, j’ai reçu beaucoup de soutien de la part des habitants du quartier. »

Querelles de quartier

Jouer aux alentours de la Place des Abesses serait-il devenu interdit ? Giulia serait alors la première à le regretter : « Je ne joue pas dans la rue pour l’argent, je voulais juste partager ma musique directement avec le public, parce que quand je chante dans les salles de concerts, les spectateurs n’osent pas venir me parler », déplore-t-elle. La première fois qu’elle a décidé de faire un show en plein air, c’était au début du mois de mai 2012, alors qu’elle venait juste d’arriver à Paris.

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Giuilia a suivi des études à Paris entre 1997 et 2003. Photo © Marie Aveline.

Avant cela, l’artiste a enchaîné les concerts en Europe avec son groupe de jazz, Los Tellarini, pendant près de 5 ans. « J’avais besoin de retour au calme, alors je suis venue m’installer à Montmartre, c’est un quartier très agréable, c’est vraiment dommage ce qu’il se passe avec les musiciens. » Guilia est actuellement en train de monter un projet “solo” sous le pseudonyme Petra Von Papagei. Solo, pas tout à fait, puisque son perroquet, Lola, agée de un an et demi, commence à piailler en rythme et l’accompagnera sur scène.

Giuilia connaît bien Paris, pour y avoir fait ses études entre 1997 et 2003. Si elle s’attendait à l’accueil chaleureux de la population, elle ne pensait pas que son initiative musicale serait interrompue d’une telle manière. Elle a écrit à Sylvain Garel, Conseiller Europe Ecologie les Verts de Paris et élu du 18e arrondissement, pour lui exposer sa situation. Ce dernier a contacté le commissaire de police du 18e arrondissement, « une personne plutôt humaine », mais n’a pas obtenu de réponse pour le moment. « Cette jeune fille mérite d’être défendue », estime l’élu Vert. « Il n’est pas normal qu’on ne lui ait pas expliqué comment récupérer son matériel. » Mais concernant les nuisances causés par les musiciens, il affirme qu’il « peut comprendre » l’exaspération des riverains : « certains viennent avec des guitares et des amplis à fond, et jouent 10 fois la même chanson ».

Même son de cloche du côté de l’Association de défense de Montmartre, où le ton monte proportionnellement aux décibels. L’association supporte de moins en moins les manifestations bruyantes qui ont lieu sur la place des Abbesses et n’hésite plus à appeler la police. « Mais ce n’est pas une raison pour s’en prendre à cette jeune fille calme et respectueuse de son environnement », assène une membre de l’association, Alice Bsereni. Les policiers ont peut être vu en Giuilia une cible facile, mais elle ne se laissera pas faire, derrière ses douces mélodies se cachent un caractère de battante.

Où ça se passe:

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2 commentaires
  • Si je comprends bien dans le 18 eme ont peut griller les feux rouges, stationner n’importe où , même sur les trottoirs, mettre en danger les piétons en roulant en vélo sur les trottoirs... et la police laisse faire.
    Mais chanter dans la rue ça sa réveille la maréchaussée.
    Drôle de société où les oreilles des bobos des Abesses compte plus que la vie des prolos de la Chapelle..

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  • Privée de ses instruments pour avoir joué aux Abbesses 30 août 2012 13:03, par myrtilles

    Très triste pour Giulla, elle a tout mon soutien. Une affaire totalement injuste, en regard des nombreux délits commis dans le quartier, sans que l’on voit jamais la police s’en mêler ou pénaliser qui que ce soit. Un peu facile de s’en prendre à une femme seule, une artiste de surcroît, très appréciée des riverains.

    Répondre


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