jeudi 27 juillet 2017| 19 riverains
 

L'école de Jazz du CIM menacée par une opération immobilière

Les locaux du CIM, école de Jazz et musiques actuelles de renom, situés rue Doudeauville, dans le 18e arrondissement de Paris, sont menacés par une opération immobilière de la Caisse des dépôts et la RIVP . Un temps soutenu par la municipalité, Michel Valera, directeur du CIM, est maintenant sommé de déménager.

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Les locaux du CIM, 83 bis rue Doudeauville.

Le centre d’information musicale, installé rue Doudeauville depuis 1978, quittera peut-être bientôt le 18e arrondissement de Paris. Véritable pépinière de talents, le CIM a formé près de 80% des musiciens professionnels de jazz et de musiques actuelles qui évoluent en France. Liane Foly, M, Angélique Kidjo, Muriel Laporte, de Niagara, ou encore la chanteuse de jazz d’origine coréenne Youn Sun Nah, ont un jour été stagiaires dans cette école de renom.

Vus de l’extérieur, les locaux du CIM ne payent pourtant pas de mine. L’entrée se fait par un ancien garage, et la répartition des salles de répétition relève d’une absurdité architecturale. Celles-ci sont en effet réparties sur 3 bâtiments, dont elles n’occupent que certains niveaux. Un labyrinthe de 2500 m2 donc, mais surtout une véritable ruche, où s’activent plus de 150 stagiaires et 40 professeurs. Des dizaines de salles de l’école émanent les sons des pianos, guitares, batteries, des voix de chanteurs de jazz et parfois d’opéra.

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Un bâtiment étonnant, comme en témoigne cette cour fleurie.

Mais ces locaux ne seront peut-être bientôt plus. Tout commence en 2002, lorsque la société Transimmeubles rachète tous les bâtiments de l’îlot Custine, dans l’optique des les revendre à un fonds de pension américain. L’entreprise entame alors des procédures judiciaires pour obliger les locataires à quitter les différents immeubles du pâté de maisons. Michel Valera, directeur du CIM depuis 1996, alerte rapidement la mairie de Paris du projet. La Caisse des dépôts et la RIVP acquièrent ainsi l’Ilot Custine en 2004. Mais, à la grande surprise de Michel Valera, elles reprennent les procédures entamées par Transimmeubles.

« Si le CIM est encore là aujourd’hui, c’est grâce à nous, » affirme Michel Neyreneuf, adjoint au maire du 18e arrondissement chargé de la politique du logement. Un soutien municipal reconnu par le directeur du CIM. « Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant m’ont assuré que l’action culturelle du CIM était importante, qu’il ne fallait pas que l’on quitte le quartier ». Michel Valera a bien été mis en contact avec Paris Habitat afin de trouver de nouveaux locaux pour le centre musical. Mais il s’agit-là d’une entreprise difficile, semble-t-il, en raison des spécificités de l’école. Il faut des salles de toutes les tailles insonorisées, des réserves pour les pianos, amplis et un atelier pour faire les réparations.

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Un professeur et son élève en plein travail.

« Le problème, c’est de trouver des locaux cohérents pour nous », confirme Michel Valera. Le directeur du CIM n’est en effet pas opposé à changer de locaux, bien qu’un déménagement coûterait à l’école près de 200 000 euros. « 42 pianos à déménager, explique-t-il, ce n’est pas rien ! » A cette difficulté s’ajoute celle de la faible marge de manœuvre de la mairie. « Si quelque chose se présente, on pensera au CIM tout de suite, bien sûr, assure Michel Neyreneuf. Mais ce n’est pas un équipement municipal, nous ne pouvons pas faire grand chose de plus, d’autant plus que la situation financière de la ville n’est pas très brillante en ce moment. »

La Caisse des dépôts, majoritaire à 90%, et la RIVP sont désormais déterminés à récupérer le bâtiment pour le détruire et construire un immeuble de 6 étages à la place. Pour eux, l’enjeu est aussi de pouvoir investir complètement les immeubles sur lesquels empiète l’école. Un expert envoyé par leurs soins n’a constaté la présence que de « 2 ou 3 pianos » dans les locaux, bien loin des 42 annoncés par Michel Valera. Un chiffre étonnant, compte-tenu du fait que chaque salle, ou presque, est équipée d’au moins un piano, sans compter ceux qui se trouvent en réserve. Le CIM a aussi dû faire face à deux contrôles de sécurité cette année, et subit actuellement un contrôle fiscal, dirigé par un spécialiste de l’immobilier.

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L’escalier de l’école couvert d’affiches. Les travaux ont été mis entre parenthèses.

« C’est un comportement malhonnête et de voyou, » commente Michel Valera, déçu. Il se sent de moins en moins soutenu par la municipalité. Le directeur du CIM a proposé plusieurs fois de racheter les locaux de son école sans jamais recevoir de réponse positive. « Si nous quittons le quartier, ajoute-t-il, les commerçants autour n’ apprécieront pas non plus. » Et pour cause, le CIM draine chaque jour le passage d’une centaine de stagiaires, présents entre 20 et 30 heures par semaine sur le site. Ils font vivre supermarchés, boulangeries et cafés du secteur. Leur départ risque de faire de nombreux mécontents.

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