mardi 25 avril 2017| 21 riverains
 

Le prix Wepler-La Poste a l'âge de l'adolescence

Leslie Kaplan, lauréate du Prix Wepler-La Poste en 2012 pour son livre Millefeuille, encadrée par les membres du jury.

Le 18e arrondissement de Paris a son prix littéraire : depuis 1998, le prix Wepler-La Poste récompense « l’excès, l’audace, la marge et l’érudition ». Il sera remis à la brasserie Wepler, place de Clichy, lundi 11 novembre 2013.

Le XVIe prix Wepler-La Poste, du nom de la célèbre brasserie de la place de Clichy, dans le 18e arrondissement de Paris, associée en la circonstance à la Fondation-La Poste (qui s’est donné pour vocation entre autres d’encourager l’art épistolaire à une époque où celui-ci périclite à cause d’Internet et des réseaux sociaux), sera décerné le 11 novembre 2013, second lundi du mois comme veut la tradition.

Dernier-né des prix parisiens, il est arrivé aujourd’hui à l’âge de l’adolescence. Malgré sa jeunesse, il est parvenu à s’imposer en peu de temps comme référence de rigueur et d’exigence dans la folle sarabande automnale des récompenses qui met en émoi la république des Lettres, inaugurée cette année le 4 novembre par le Goncourt et le Renaudot et qui se clôturera le 13 par l’Interallié. Quant à l’Académie française, se tenant à l’écart de tout ce charivari plébéien, elle avait désigné son lauréat le 24 octobre.

Toujours comme le veut la tradition, douze auteurs « inclassables mais éblouissants, inaccessibles mais bouleversants », dont la notoriété pour l’instant reste circonscrite à de petits cercles, sont en lice. Les plus connus sont Marcel Cohen, un vieux briscard de la plume de 77 ans qui a à son actif une vingtaine d’ouvrages publiés principalement par Gallimard, Brigitte Giraud, prix Concourt de la nouvelle 2007, qui avait été déjà gratifiée de la Mention spéciale du Wepler-La poste en 2001, Céline Minard qui a défrayé la chronique à la rentrée littéraire avec son western Faillir être flingué(Rivages), Loic Merle qui a eu une très bonne presse pour son premier roman L’esprit de l’ivresse (Actes sud), et Marina de Van, cinéaste, actrice et scénariste, réalisatrice en 2007 notamment de Ne te retourne pas qui maintenant s’adonne aussi à l’écriture de romans : Stéréoscopie est sorti en septembre dernier.

LE PRIX LE PLUS FÉMININ

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Emmanuelle Pagano, lauréate en 2008 pour son livre Les mains gamines, aux côtés du maire de Paris, Bertrand Delanoë.

Fait du hasard ou volonté délibérée, avec six femmes et six hommes retenus, la parité parmi les sélectionnés est, pour cette édition, scrupuleusement respectée. Par contre, depuis sa création en 1998, cette égalité sexuelle entre les lauréats n’a pas été observée puisqu’on y dénombre dix hommes contre cinq femmes. Pourtant, la première attribution du prix revint à une femme, Florence Delaporte pour son Je n’ai pas de château (Gallimard). Concernant la Mention spéciale qui a été attribuée pour la première fois en 1999, l’écart de 1 à 2 se resserre légèrement puisque neuf hommes l’ont obtenue et six femmes.

Cela n’empêche pas que dans le paysage littéraire français, le Prix Wepler-La Poste apparaît comme le plus féminin des prix. Les lauréats des principaux autres prix tous confondus depuis 25 ans, d’après le Parisien du 4 novembre, sont à 28% des femmes. Elles représentent 48% pour le Wepler-La Poste. Nettement mieux que le Fémina où pourtant le jury est exclusivement féminin. Sur les 104 lauréats de ce dernier créé 1904, seules 36% de femmes l’ont reçu.

S’il ne fait pas vendre autant que le Goncourt et consorts, en revanche le lauréat du prix Wepler-La poste bénéficie d’une compensation appréciable. Hormis le Prix de la Francophonie de l’Académie française qui gratifie son gagnant de 22 500 euros, il est le mieux doté de tous les prix français, mais surtout parmi les mieux à l’échelle mondiale. Il rapporte à son vainqueur 10 000 euros. S’ajoute qu’en parallèle est décernée une Mention spéciale qui s’accompagne d’un chèque de 3 000 euros.

LE PRIX LE MIEUX DOTÉ

À titre indicatif, les Renaudot et Interallié sont purement honorifiques, le Goncourt est assorti d’un chèque de… 10 euros, le Médicis de 686 euros, le Flore de 6 100 euros et le Grand prix de l’Académie française de 7 500. Les prix littéraires français ont la réputation d’être singulièrement pingres. En comparaison, le prestigieux prix Büchner allemand est doté de 40 000 euros, le Man Booker price britannique de 64 500 euros. La palme mondiale revient au prix Cervantes espagnol avec 90 000 euros de récompense, si, bien entendu, on laisse de côté le Nobel qui vaut 1,1 million d’euros à son heureux destinataire, assortie d’une consécration universelle qui a une répercussion durable sur les ventes.

Comparé à quelques autres grands prix nationaux et non des moindres, le Wepler-La poste leur tient la dragée haute. Il fait jeu égal avec le prestigieux prix américain, le National Book award dont la dotation s’élève à 10 000 euros… plus une sculpture en cristal, impossible à monnayer par le récipiendaire. L’autre grand prix américain, le Pulitzer, est assorti d’un chèque de seulement 5 000 euros, tout comme l’italien, le Strega, et le belge, Victor Rossel. Seul le japonais Akukagawa fait jeu égal avec lui. Sa dotation n’est que de 7 370 euros mais elle est complétée d’une montre de valeur qui doit coûter facilement dans les 3 000 euros au moins.

En tout cas, depuis sa création en 1998, les 27 auteurs qui ont été récompensés (prix et mention confondus) se sont partagés un total de 192 000 euros, une somme rondelette pour un milieu où le succès l’estime et l’éloge sont plus généreusement distribués que la monnaie sonnante et trébuchante. Par ailleurs, certains d’entre eux, comme Antoine Volodine, Yves Pagès ou Eric Chevillard, sont aujourd’hui des écrivains renommés vivant en partie ou totalement de leur plume.

LE PRIX DES PETITS ÉDITEURS

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Tous les ouvrages récompensés depuis la création du prix en 1998 sont exposés dans la brasserie Wepler.

À la différence des autres prix qui sont trustés par quelques grandes maisons d’édition telles que Gallimard et Grasset qui, en un quart de siècle, ont récolté respectivement 49 et 46 distinctions, suivies loin derrière par le Seuil, 25 ; Albin Michel, 17 ; Actes sud, 13 ; P.O.L, 12 et Stock, 8, aucun éditeur n’a fait main basse sur le Wepler-La poste. Gallimard n’a été gratifié qu’une fois. La palme revient à Minuit couronné trois fois, suivi du Seuil, Denoël et Verticales qui l’ont eu deux fois. Dans une large mesure, on peut dire que le Wepler-La poste avec sa Mention spéciale est le prix des petits éditeurs ou des maisons marginales. C’est ainsi qu’au palmarès apparaissent les noms Pauvert, Wespieser, Scheer, Allia, Attila, Verdier, l’Olivier.

Cette singularité s’explique aisément. Le Wepler-La poste s’est donné pour ambition d’explorer « sans limite aucune les territoires de la création romanesque en prenant le risque d’une langue neuve ». La Mention spéciale, elle, entend récompenser « l’excès, l’audace, la marge et l’érudition ». C’est un prix qui vise à consacrer le risque, l’aventure, de la recherche esthétique.

Pour ce faire, à la différence des autres prix, son jury est tournant. Cette année il comprend deux journalistes, un de Libération, l’autre de France-culture, quatre libraires et surtout cinq lecteurs ou lectrices, plus la fondatrice Rose Marie Garnieri, patronne de la librairie des Abbesses, et la secrétaire permanente du Prix. Au total, on dénombre huit femmes pour quatre hommes. L’an dernier, une détenue de la maison d’Arrêt de Rennes en était membre.

La brasserie Wepler n’est pas le seul établissement de ce genre à avoir un prix littéraire. La brasserie Lipp, le café de Flore et les Deux Magots, ont le leur. Mais à la différence de ces derniers, le Wepler est situé en-dehors du triangle d’or des Lettres et des Arts circonscrit dans le périmètre Saint-Germain-des-près, Montparnasse, Denfert-Rochereau.

Avec ce prix, le Wepler a voulu renouer avec la tradition littéraire de Montmartre. Il est vrai que sur ses banquettes se sont assis Céline, Prévert, Vian, Max Jacob, Francis Jammes, Mallarmé, Verlaine, Henry Miller, entre autres. Aujourd’hui encore on peut apercevoir à une table voisine, au déjeuner ou au dîner, des noms connus des lettres, des arts, du cinéma et même du barreau. Tout récemment, le Wepler était la cantine du sulfureux feu M° Vergès, toujours en compagnie mystérieuse.

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