lundi 25 septembre 2017| 172 riverains
 

Le Marché Saint-Pierre envoie "Aux malheurs des dames" au tribunal

Les dirigeants du Marché Saint-Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris attaquent en diffamation l’auteur et l’éditeur du roman policier « Aux malheurs des dames », dont l’intrigue se noue dans les étages du célèbre marchand de tissus. Ils demandent le retrait du livre des librairies et 2 millions d’euros de dommages et intérêts.

« Je suis sonnée, j’ai beaucoup de mal à écrire. Cette affaire pose la question de la liberté d’expression dans la fiction. » Lalie Walker est sous le choc. « Aux malheurs des dames », son roman policier publié en novembre 2009 par les éditions Parigramme, a déplu aux dirigeants du Marché Saint-Pierre, célèbre magasin de tissus situé en contrebas de la Butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris. Ces derniers assignent François Besse, patron de Parigramme, et Lalie Walker devant le tribunal correctionnel de Paris, pour diffamation. L’enseigne demande le retrait du bouquin des librairies et réclame 2 millions d’euros de dommages et intérêts.

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Lalie Walker : « Dans mon livre, tout le monde veut sauver le Marché Saint-Pierre. »

Lalie Walker noue son intrigue au Marché Saint-Pierre, où deux employés disparaissent dans des conditions mystérieuses. Odeur de brûlé dans les étages, poupées vaudous clouées sur les portes, meurtres… L’ensemble du quartier est saisi d’effroi. Une jeune sociologue embauchée au Marché Saint Pierre va mener l’enquête, en collaboration avec les habitants. « Dans mon livre, l’entreprise est en danger, le quartier veut la sauver, raconte l’auteur, qui a longtemps vécu rue Ramey, à quelques encablures du magasin. Le Marché Saint-Pierre est un lieu mythique, comme nombre de Parisiens, j’adore m’y promener. »

Dans le livre, deux frères aux caractères différents dirigent l’entreprise : l’un d’eux s’implique sérieusement dans sa gestion, l’autre dilapide le chiffre d’affaires en jouant à des jeux d’argent. « Pure invention évidemment, martèle Lalie Walker. C’est de la fiction. Je ne connais pas le véritable organigramme du Marché Saint-Pierre. Mon livre n’a rien à voir avec une enquête. » « Nous ne portons aucun jugement sur cette société, explique François Besse, l’éditeur. L’histoire ne correspond pas à la réalité. C’est une œuvre de fiction qui emprunte un cadre géographique. » « Aux malheurs des dames » est publié dans une nouvelle collection, « Noir 7.5 », dont les romans ont pour cadre la ville de Paris.

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Les dirigeants du Marché Saint-Pierre s’estiment diffamés par le roman policier.

« Dans ce contexte, s’alarme Lalie Walker, il va falloir attaquer toutes les séries télé tournées dans Paris ! » Pour l’heure, l’avertissement rédigé dès les premières pages de l’ouvrage, n’a donc servi à rien. « Si le Marché Saint-Pierre existe bel et bien, si certains éléments proviennent de flâneries et de rencontres sur le terrain, tout ici est fiction, car seul l’espace de la fiction pouvait me permettre d’aller fouiller dans certains recoins de la psyché humaine. C’est donc ma vision du Marché Saint-Pierre, lieu hautement réputé et visité, que je livre ici, et qui me sert d’unité de temps et de lieu romanesque. »

Robert Gabbay, directeur général de Village d’Orcel, société gestionnaire du Marché Saint-Pierre, s’est exprimé sur Rue89 : « Ce livre cite notre marque ! C’est une marque déposée ! Ce site est protégé ! On ne touche pas et on ne parle pas du Marché Saint-Pierre sans l’autorisation du propriétaire et du dirigeant. C’est n’importe quoi, c’est de la diffamation. »

Audience le 9 avril 2010, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

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