lundi 24 avril 2017| 23 riverains
 

L'œil du photographe Martin Parr sur la Goutte d'Or

Le photographe Martin Parr à l’Institut des cultures d’islam. Photo © Alexandre Pieroni.

L’Institut des cultures d’islam présente, jusqu’au 2 juillet 2011, The Goutte d’Or, une série de 35 photos prises par le britannique Martin Parr au cœur de ce quartier emblématique du 18e arrondissement de Paris. Le photographe, membre de l’agence Magnum, a sillonné ses rues pendant une semaine pour réaliser son reportage. Point de vue et portfolio.

Il y a beaucoup à dire sur le reportage photographique de Martin Parr à la Goutte d’Or. Les médias, unanimes, célèbrent le regard amusé et amusant d’un photographe reconnu pour son humour et son ironie "so british !". Mais l’humour convient-il pour rendre compte d’un lieu où vit une population majoritairement pauvre et souvent exclue ?

Selon Véronique Rieffel, directrice de l’ICI (Institut des Cultures d’Islam) à l’origine du projet, le rire est une façon de dédramatiser le débat sur la place de l’Islam en France. Débat qui, par un hasard de calendrier, a été lancé le mardi 5 avril 2011, jour du vernissage de l’exposition à l’ICI. Toujours selon Véronique Rieffel, le travail à la fois documentaire et humoristique de Martin Parr, serait de nature à ouvrir la société française au quartier et à l’Islam. Le rire réussirait là où la politique de la ville est à la peine.

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La créatrice de mode Sakina M’Sa. Photo © Martin Parr.

Prises en janvier 2011, durant une résidence d’une semaine à l’ICI, les images qui y sont exposées reflètent le quotidien d’un quartier que le grand public perçoit comme difficile et qui est l’objet de multiples fantasmes. Les clichés n’en sont pas moins drôles, parfois inattendus et ils nous interrogent sur ce que nous croyons percevoir de la réalité.

Aux questions qui lui étaient posées, lors de la conférence de presse, sur le quartier et sur l’Islam en France, Martin Parr a répondu qu’il n’y connaissait pas grand chose et n’envisageait pas de se spécialiser. Il a préféré découvrir la Goutte d’Or l’esprit vierge. Etant entendu que l’ICI mobilisait son réseau pour rendre possible un travail si dense sur un temps si court. « Je suis juste un fouineur qui se cherche des excuses », s’est-il justifié. Ajoutant que « ce n’est qu’un coup d’œil court et acéré, pas une enquête complète. »

Le principal regret de Martin Parr, c’est qu’il n’a pas pu prendre de photos dans la rue, surtout autour du Métro Château-Rouge. Les gens se méfiaient, voyaient en lui un journaliste avide de sensationnalisme. D’un ton de plaisanterie ironique, Martin Parr a dit avoir songé à utiliser une caméra cachée. Mais la direction de l’ICI aurait refusé.

Portraits sur rendez-vous
Paradoxalement, les prières du vendredi, à la mosquée et dans la rue, furent faciles à photographier. Dans un souci d’ouverture, les dirigeants des mosquées du quartier ont pleinement collaboré, permettant à Martin Parr de photographier aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des lieux de culte, et jusque dans la partie réservée aux femmes. Quant aux portraits, ils ont été réalisés sur rendez-vous, au domicile ou sur le lieu de travail. On peut regretter qu’au final, peu d’images rendent compte de la vie privée des habitants de la Goutte d’Or.

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La réception d’un hôtel dans la Goutte d’Or. Photo © Martin Parr.

Mais le jeu en valait la chandelle, à en juger par l’affluence au vernissage, mardi 5 avril 2011. Discours du Maire, Daniel Vaillant, en présence de Martin Parr et de Véronique Rieffel, interviews télés et radio, meutes de photographes pourchassant Martin Parr de salle en salle lors d’une visite guidée de l’exposition (laquelle s’est transformée en safari photo) spectacle dans la cour de l’ICI, musique électro et psalmodies du Coran : tous les ingrédients branché et multiculturel étaient réunis lors de la soirée.

À noter que les habitants de la Goutte d’Or, qui se sont prêtés au jeu en acceptant de poser devant l’objectif, ont eu droit à leur propre soirée, une semaine auparavant. Des tirages de leurs photos leur ont été remis à cette occasion, afin que les images « reviennent » aux habitants. Lesquels se sont d’ailleurs fait discret au soir du vernissage, absents ou encore noyés dans une foule plutôt étrangère au quartier.

En visitant l’exposition, les puristes objecteront que ce n’est pas un reportage. Certains trouveront que la personnalité de Martin Parr prend le dessus sur l’aspect documentaire. Mais la majorité des spectateurs s’amusera du côté "décalé" des photos. Et dans tous les cas, l’opportunité s’offre au visiteur de découvrir ou redécouvrir un quartier et une population trop souvent enfermés dans la caricature.

The Goutte d’Or !
Exposition de Marin Parr jusqu’au 2 juillet 2011.
Ouvert du mercredi au dimanche de 15h à 20h.
Entrée libre
Institut des cultures d’islam,
19-23 rue Léon 75018
M° Château Rouge et Barbès Rochechouart
Renseignements : 01 53 09 99 84 ou en cliquant ici.

Portfolio

Présentation des photos aux habitants. © Jean Larive. Présentation des photos aux habitants. © Jean Larive. Présentation des photos aux habitants. © Jean Larive. Présentation des photos aux habitants. © Jean Larive. Présentation des photos aux habitants. © Jean Larive. Martin Parr au vernissage. Photo © Jean Larive. Daniel Vaillant et Véronique Rieffel. Photo © Jean Larive. La foule au vernissage. Photo © Jean Larive. Martin Parr au vernissage. Photo © Jean Larive.

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2 commentaires
  • Des oeuvres absolument fantastiques. Je connaissais déjà le photographe qui signe ici encore une fois une magnifique série. Je suis passé à la goutte d’or et j’ai vu ces magnifiques créations qui j’espère seront reconnu à une échelle plus nationale. Quand on voit les photographies de Martin Parr on se dit que nos quartiers n’ont rien à envier à Brooklyn ou au Queens dans leurs aspirations artistiques

     
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  • Superbe exposition dans un lieu inconnu de moi alors que j’habite le quartier depuis 40 ans !
    Je sais que Martin Parr a eu quelques difficultés avec certains habitants du quartier mais n’oublions pas qu’une image "volée", c’est un peu de soi qui s’envole.... La fameuse Goutte d’Or que décrit poétiquement Michel Tournier dans son roman éponyme.

    Parr a, pour une fois, laissé un peu de côté son ironie toujours drôle mais parfois un peu blessante.

    Un bon signe : les galeries étaient pleines de monde en plein milieu d’un après-midi de semaine !

    Répondre


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