lundi 24 avril 2017| 13 riverains
 

L'art des fous exposé à la Halle Saint Pierre

Fausto Badari - sans titre, vers 2010 - pastel sur papier - 75 X 100 cm.

La Halle Saint-Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris, accueille jusqu’en janvier 2013 des œuvres d’art réalisées par des pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques italiens. Baptisée "Banditi Dell’arte", l’exposition montre un art particulier, réalisé en dehors de tout système culturel.

C’est toujours un mystère : que se passe-t-il dans la tête des personnes qui souffrent de dégénérescences mentales ou de psychoses ? Pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer explicitement, l’art est probablement leur seule chance de se raconter. Voilà un siècle et demi que les œuvres de ces personnes malades sont appréciées par le public. Cesare Lombroso (1835-1909), criminologue et psychiatre italien s’intéressait dès 1866 aux œuvres de prisonniers et de malades mentaux.

Dans les premiers congrès d’anthropologie criminelle et lors des premières expositions universelles, on a présenté au grand public des photographies pour illustrer le "type criminel" (nez dévié, mandibule énorme, yeux strabiques...), ainsi que les preuves de sa dégénération : dessins, céramiques, écrits, tatouages, toutes les créations d’un criminel portent la marque de son crime.

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Franco Belluci - Assemblage, 2010.

Aujourd’hui, l’art des fous retient l’attention, et pas seulement celle des médecins. Les critiques d’art et même le grand public trouvent ces oeuvres excitantes, réalisées par des personnes vierges de culture artistique. Les artistes enfermés dans les hôpitaux sont autodidactes la plupart du temps : sentiments et psychoses guident leur travail artistique. Сontrairement aux artistes cultivés, sous influence, les malades sont libres de tout stéréotype. Leur art est pur, brut, guidé par leurs propres pulsions.

C’est ce que veut montrer l’exposition Banditi dell’arte, proposée jusqu’au 6 janvier 2013, à la Halle Saint Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris. La première partie de l’exposition (au premier étage) présente des collections historiques prêtées par le musée Lombroso et le musée d’anthropologie de Turin, et l’Hôpital San Lazzaro de Reggio Emilia, où est situé le Centre de documentation d’Histoire de la psychiatrie.

Le deuxième étage de la Halle Saint Pierre est lui consacré à des représentants de l’art populaire contemporain. Lesquels sont suffisamment indépendants du système des beaux-arts pour créer une contestation culturelle. Parmi les exemples les plus intéressants : la salle à manger de Giovanni Podesta (1895-1976). Ses sujets pieux sont surchargés d’écriteaux miniatures qui portent divers messages moralisateurs d’inspiration anarchiste et religieuse. Podesta était connu pour assister à tous les enterrements. Où il se prenait pour un prophète.

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Francesco Toris - Le Nouveau Monde - sculpture en os.

Autre exemple : "Le nouveau monde", une oeuvre cosmogonique de Francesco Toris (1863-1918). Cette pièce est bâtie à l’aide d’ossements de bovins coupés et sculptés, emboîtées sans lien, ni clou, ni colle. La construction fantastique est constituée d’une multitude d’éléments minutieusement ciselés – figures humaines, idoles, animaux imaginaires, escaliers, portes, motifs ornés de fleurs, de lettres ou de chiffres. Francisco Toris a été interné à l’hôpital psychiatrique à l’âge de 33 ans, après avoir appris que sa fiancée attendait un enfant.

Fernando Preste Nanneti, lui, a passé près de vingt ans en hôpital psychiatrique. Schizophrène, il souffrait notamment d’hallucinations et de délires de persécution. En revanche, il exprimait ses émotions sur les murs exterieurs des établissements où il passait, en dessinant des milliers de petits symboles, dont il devait être le seul à connaître le sens. Sa création monumentale ressemble aux écritures étrusques et à la pierre de Rosette. Gravée sur un mur de l’hôpital psychiatrique de Volterra, en Italie, elle mesure 70 mètres de long.

Pourquoi cette exposition est-elle intéressante ? Parce qu’il est toujours curieux de voir des choses hors-normes. La singularité, l’exception aux règles nous attirent. « On nomme bandits les rebelles qui fuient, explique le commissaire de l’exposition, Gustavo Giacosa. On les a mis au ban de la société et la marge est leur seule issue. Sans terre ni maître, leur devise : tous pour un, un pour tous. Héros, champions, vengeurs, combattant pour leur idée personnelle de la justice, bien aimés et poursuivis. Sur la poussière de leurs errances, ils ont écrit leur histoire et dessiné leur légende. »

Banditi dell’arte
Jusqu’au 6 janvier 2013
Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard - 75018
Tél : 01 42 58 72 89

Portfolio

Susanna Raveggi - sans titre, 2006 - crayons de couleur sur papier - 24 X (...) Petro Ghizzardi Spagnola, 1969 - technique mixte sur carton - 100 X 70 (...) Giovanni Rosselli - sans titre, 2009. Giovanni Podesta - Salle à manger. Giovanni Podesta et sa croix. Fernando Toris Le Nouveau Monde - sculpture en os - 58 X 40 cm. Musée (...) Fernando Oreste Nannetti, mur gravé - hôpital psychiatrique de Volterra - (...) Fausto Badari - sans titre, vers 2010 - pastel sur papier - 75 X 100 (...) Franco Bellucci - Assemblage, 2010 - 49,5 X 47,5 X 21 cm.

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