lundi 26 juin 2017| 89 riverains
 

Bruno Lemesle : « La Goutte d'Or est un chantier permanent »

Le photographe Bruno Lemesle parcourt sans relâche la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris. Un quartier emblématique qu’il a vu évoluer au cours des 25 dernières années. « La misère n’a pas bougé », résume-t-il. Ses photos sont exposées jusqu’au 23 mai 2010, salle Saint-Bruno, dans le cadre de Barbès l’Africaine. Entretien.

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La Goutte d’Or est « un quartier qui reste populaire, avec sa tradition de convivialité, qui n’a pas changé au cours du temps », explique Bruno Lemesle.

La Goutte d’Or, Bruno Lemesle l’arpente depuis 25 ans. Ce photographe cinéaste, installé dans le 18e arrondissement de Paris, capte la vie de ce quartier populaire à travers son objectif. Scènes de vie, portraits ou images de chantier : une quarantaine de ses photos, prises entre 1983 et 2005, sont présentées dans une exposition intitulée Salut Barbès ! Les clichés témoignent de l’histoire de la Goutte d’Or et sont exposés pendant le Festival Barbès l’Africaine, jusqu’au dimanche 23 mai 2010, à la Salle Saint-Bruno.

dixhuitinfo - Pour photographier la Goutte d’Or, comment procédez-vous ?
Bruno Lemesle - Mon travail est l’inverse du traitement médiatique classique que l’on fait de la Goutte d’Or ou d’autres quartiers. Les médias parlent de la Goutte d’Or sous l’angle du trafic de drogue, en occultant ce qu’il y a derrière, ce que les gens vivent. Ces réalités, elles sont longues à appréhender. Il faut passer du temps sur le terrain.

Je vais donc à la rencontre des gens, de façon spontanée. Mes photos sont soit prises sur le vif, soit le résultat d’une longue rencontre avec une personne. Pour une photo d’un boulanger, par exemple, j’ai passé une nuit dans sa boulangerie. J’ai aussi travaillé avec l’école maternelle de la rue Richomme. Car, pour moi, l’école est un révélateur des réalités sociales. C’est le seul endroit où elles ne peuvent pas être cachées. Je cherche à montrer ces réalités, pas à juger l’action des politiques. Ensuite, c’est à eux d’y répondre.

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« Depuis 25 ans, la Goutte d’Or est en chantier. Et les gens en pâtissent. »

Comment percevez-vous l’évolution du quartier ?
Globalement, le quartier a gardé son identité. C’est déjà énorme. La Goutte d’Or reste marquée par son histoire, sa population maghrébine, particulièrement visible les jours de marchés, ou de Coupe du monde de football. C’est un point de rencontre de la communauté, un quartier qui reste populaire, avec sa tradition de convivialité, qui n’a pas changé au cours du temps.

Mais la Goutte d’Or a aussi évolué dans le même sens que la société dans laquelle on vit. On a vu disparaître progressivement le « quartier village », où les choses se faisaient spontanément. La prise en charge institutionnelle s’est accentuée. Les associations sont aujourd’hui très présentes. Elles font un travail remarquable, notamment avec la mise en place d’équipements culturels, sportifs, etc. Mais cette institutionnalisation a une contrepartie : c’est une forme d’assistanat de la population, comme si elle n’était pas capable de se prendre en charge.

Quels problèmes persistent ?
Depuis 25 ans, la Goutte d’Or est en chantier. Et les gens en pâtissent. En 1983, un plan de réhabilitation de l’habitat insalubre a été lancé. Il était attendu depuis longtemps. De nombreux bâtiments ont été démolis. Beaucoup d’habitants sont partis de leur gré, ou pas. Quant à la misère, elle n’a pas bougé. Elle est bien profonde, bien cachée au fin fond des immeubles, des appartements. C’est la vraie misère, qu’on ne peut pas constater dans la rue.

Photos : © Bruno Lemesle

Deux documentaires sur la Goutte d’Or
Il y a 20 ans, Bruno Lemesle réalisait, avec Pierre Attia, le film documentaire « La Goutte d’Or insolite » : le chanteur Jacques Higelin découvrait le quartier en pleine réhabilitation, et rencontrait ses habitants, touchés par les expulsions ou témoins de ces bouleversements. En juin 2010, le cinéaste sort un nouveau film intitulé « La Goutte d’Or, Vivre ensemble ». Diffusé sur France télévisions, ce documentaire apporte un regard sur les liens qui unissent les communautés. Il aborde aussi les problèmes de la pauvreté, du logement et des sans-papiers.

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