samedi 29 avril 2017| 25 riverains
 

Au Bal, le voyage en images dans l'Angleterre de Killip

Chris Killip devant l’une de ses photos exposées au Bal, près de la place de Clichy, jusqu’au 19 août 2012.

Le photographe britannique Chris Killip a inauguré, vendredi 11 mai 2012 au Bal, dans le 18e arrondissement de Paris, l’exposition "What happened, Great Britain 1970-1990", consacrée à ses clichés pris dans l’Angleterre des années Thatcher. Il commente son travail.

Chris Killip raconte l’histoire de ses clichés, chronique de la désindustrialisation anglaise et de ses implications sociales. Ce vendredi 11 mai 2012, le voyage commence au rez-de chaussée du Bal, lieu consacré à la photographie, à deux pas de la place de Clichy. Confronté à ses premières travaux, le photographe, âgé de 66 ans, aujourd’hui professeur à l’université d’Harvard, se rappelle ses débuts dans le monde de l’image : « J’ai décidé de devenir photographe après avoir observé dans un vieux Paris Match une photo de Henri Cartier-Bresson, prise rue Mouffetard à Paris. »

Ce n’est pas à Paris mais sur l’île de Man, où il a grandi, que le jeune Killip débute. Société insulaire en basculement, l’île est le lieu de ses premières observations photographiques. L’artiste s’attarde longuement sur son premier cliché, ému : « Mr Johnny Moose », un habitant de l’île de Man. Puis il se dirige vers d’autres photos un peu plus récentes.

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Punks, Gateshead, Tyneside 1985. « Aujourd’hui, c’est l’héroine qui a remplacé la mine », dit le photographe. © Chris Killip

« Pour changer ma façon de photographier les choses, j’ai décidé, en 1975, de quitter l’île de Man et de m’installer à Newcastle, une ville du Nord-Est de l’Angleterre », relate Chris Killip. Là, il témoigne de l’apogée puis du déclin de l’industrie des chantiers navals, pourtant indispensable à l’activité économique de la région. « La photo est la chronique d’une mort annoncée », résume-t-il devant l’une de ses images, prise au moment du lancement de Tyne Pride, un énorme ferry.

Entre 1981 et 1983, Chris Killip pose ses bagages dans une autre ville du Nord-Est de l’Angleterre, Skinningrove, organisée autour de l’industrie du fer et de l’acier. Le photographe se souvient qu’on lui avait dépeint, avant de partir, « un endroit extrêmement dur et fermé ». Mais, cela ne l’a pas effrayé. « J’ai réussi à lier des liens d’amitié avec des hommes de la région, se rappelle-t-il, J’ai gagné leur confiance et ils me protégeaient quand c’était nécessaire. »

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Johnny Moore, 1971 : La première photo de Chris Killip sur l’île de Man, le portrait d’un habitant de l’île. Le photographe le rencontrera à nouveau des années plus tard. © Chris Killip

Devant une autre série de photos, intitulée Lynemouth, une bourgade au bord de la mer du Nord, Chris Killip se souvient : « À cette époque, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse pour travailler. » Sur les clichés, des hommes ramassent avec acharnement du charbon, rejeté au fond de l’eau par les exploitations minières locales, pour le vendre et survivre. Avec une émotion perceptible dans la voix, Chris Killip raconte l’histoire des personnes présentes sur les images et précise : « Ces hommes sont comme ma deuxième famille, ils savent tout de moi. »

Tout au long des années 80, le photographe s’intéresse aussi à une autre question sociale cruciale qui rythme la fin de l’exposition : les mineurs, qui mènent une grève, entre 1984 et 1985, pour s’opposer au projet du gouvernement Thatcher de fermer vingt mines de charbon. « Tout le monde savait que les mineurs n’avaient aucune chance de gagner cette grève, rappelle Chris Killip presque trente ans après les événements. Ils voulaient simplement dialoguer. Connaître le sort qui leur serait réservé après la mine. Ce dialogue n’a jamais eu lieu. »

Ses photos, prises notamment à l’occasion du gala annuel des mineurs à Durham, témoignent de scènes de désolement, d’égarement social. Devant le cliché d’une soirée punk, où des hommes ivres et défoncés se déchaînent sur une piste de danse, Chris Killip conclut avec tristesse : « Aujourd’hui, c’est l’héroine qui a remplacé la mine. »

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Rocker et Rosie rentrent chez eux, Lynemouth, 1984 : après la récolte de charbon sur la plage. La famille de Rocker est devenue proche du photographe. Il a vécu avec eux dans leur camp proche de la mer pendant plusieurs mois. © Chris Killip

Le photographe finit sa présentation devant la photo, désormais célèbre, d’un homme recroquevillé sur lui-même au bord d’une route. Killip rétablit la vérité sur ce cliché : « Il ne s’agit pas, comme on a pu le dire, d’un ouvrier mais d’un écolier. Que l’on ait voulu faire de cette photo un symbole de la période Thatcher ne me dérange pas, même si ce n’est pas vrai. Je ne pense pas qu’une seule interprétation de chaque oeuvre existe. Il peut y en avoir plusieurs. »

À noter : L’exposition Chris Killip inaugure une saison britannique au Bal. À l’automne 2012, l’endroit présentera une rétrospective de l’oeuvre d’un autre photographe britannique, Paul Graham, influencé dans son travail par Chris Killip.

Le Bal
6, impasse de la Défense - M° Place de Clichy
5 € - 4 € tarif réduit
Mercredi - vendredi : 12h-20h (nocture jeudi jusqu’à 22h)
Samedi : 11h-20h. Dimanche : 11h-19h

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