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Prix Wepler-La Poste, portrait robot d'un lauréat

L’entrée de la brasserie Wepler, place de Clichy, où sera décerné le Prix Wepler-Fondation La Poste, lundi 10 novembre 2014.

Quel écrivain remportera le Prix Wepler-Fondation La Poste, décerné place de Clichy, dans le 18e arrondissement de Paris, lundi 10 novembre 2014 ? Une femme ? Un homme ? Un vieux ? Un jeune ? Et si c’était une habitante du 18e, Cécile Wajsbrot, par exemple ? Essayons d’y voir clair.

Quand le jury du 17e Prix Wepler-Fondation la Poste se réunira pour délibérer, dimanche 10 novembre 2014, à partir de 20h30, dans un salon privé au premier étage de la célèbre brasserie éponyme de la place de Clichy, dans le 18e arrondissement de Paris, autour d’un dîner spécialement concocté par son chef, ils ne seront que 12 à table sur les 13 qui le composent.

Non pas par superstition mais parce que l’une d’entre eux, Davari Fard, y sera empêchée pour cause de force majeure : elle est détenue à la prison des femmes de Rennes et l’administration n’accorde pas de permission nocturne même pour un événement de cette nature. À défaut de pouvoir prendre part aux délibérations, elle fera connaître la veille sa préférence par écrit. Comme elle ne peut changer d’avis au cours des débats, celui-ci risque fort de faire la différence si les autres membres ne parviennent pas à se départager. Le lauréat doit obtenir 7 voix, soit la moitié des suffrages plus un.

9h10 pétante

Les raisons de sa détention et sa durée ne peuvent être communiquées « par respect pour sa dignité ». Depuis la création du prix en 1998, une détenue a toujours été associée à l’élection du lauréat. Outre le fait qu’il soit tournant et que les lecteurs y soient majoritaires suivis par les libraires, c’est l’autre forte singularité de ce jury littéraire peu orthodoxe. Fondatrice du prix et membre permanente du jury, Marie-Rose Guarniéri, fondatrice du prix au caractère, dit-on, affirmé et au goût pour une littérature difficile, en est l’âme et son avis est très probablement décisif en dernier ressort.

Le nom du lauréat sera révélé lundi 11 novembre 2014, à 9h10 pétante, par France-Inter, dans l’émission Boomerang. L’émission est animée par Augustin Traquenard qui commence à s’imposer comme le nouveau pape médiatique des lettres, notamment grâce à ses prestations dans le Grand Journal de Canal +.

Lois de la probabilité

À la suite de fuites ces deux dernières années, l’organisation du prix a convenu avec la radio du service public, qui rassemble à cette heure matinale quelque deux millions d’auditeurs, de rompre la confidentialité en lui réservant la primeur. Auparavant, le choix du jury était annoncé lors du cocktail qui accompagne la remise du prix, lequel a traditionnellement lieu le soir du deuxième lundi de novembre.

Quel sera l’élu cette année ? Aucun nom de favori n’a été avancé. Si on se fie aux lois de la probabilité, le gagnant devrait être un homme quadragénaire, provincial de naissance. En effet, la moyenne des anciens lauréats est de 51 ans. Mais la fourchette des âges entre le cadet, Laurent Mauvignier (en 2000), et le doyen, Daniel Cohen (en 2013), va de 33 ans à 76 ans.

Un profil type

Six sont nés en province dont deux en Vendée, Eric Chevillard et François Bon, trois à Paris, un en banlieue parisienne, Daniel Cohen, ainsi qu’un en Belgique ; un en République tchèque, un en Haïti, Lyonel Bouillot, prix 2008, le seul auteur de couleur récompensé à ce jour, une au Vietnam, Linda Là (2010), et une à New York mais élevée en France, Leslie Kaplan, plus connue comme cinéaste que comme écrivaine. Sur ces 16 lauréats, onze sont des hommes et cinq de femmes, soit 2/3 et 1/3.

Celui qui se rapproche le plus de ce profil type est Mathias Menegoz, né en 1968, en lice avec son Karpathia chez POL, dont l’action se situe en 1833 en Autriche. Il raconte « l’histoire d’un capitaine hongrois qui quitte brutalement l’armée impériale pour épouser une jeune autrichienne. La région est une poudrière où fermentent les injustices, les vieilles haines, les trafics clandestins, les légendes malléables et les rêves nouveaux. » Son handicap est peut-être d’avoir eu une bonne presse et particulièrement une critique élogieuse sur France-Info.

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Evolution de l’âge des candidats du Prix Wepler-Fondation La Poste, depuis sa création en 1998. Graphique © Jacqueline Uztarroz.

Toutefois ces deux dernières années, le jury a plutôt opté pour des auteurs âgés, Daniel Cohen en 2013, et Leslie Kaplan en 2012 pour son Mille feuille chez POL. Elle avait 69 ans. Si le jury persiste dans cette tendance, le prix devrait revenir à l’une des deux femmes qui sont les plus âgées des douze sélectionnés, Marie-Claire Bais, 75 ans, pour son Jardin des Acacias chez Christian Bourgois, dont l’action se déroule en Floride où elle vit, et Cécile Wajsbrot, 60 ans, qui habite le 18e, plus précisément boulevard Rochechouard (voir encadré), pour son Totale éclipse, chez Christian Bourgeois. Une réflexion sur l’art et les affres de l’amour.

À la différence des quatre grands prix (Femina, Médicis, Goncourt et Renaudot), l’appartenance a une maison d’édition est sans influence. La plus primée, Minuit, ne cumule que trois prix, cinq (Gallimard, Seuil, Verticales, Denoël et POL) deux. Trois (Fayard, Actes sud et Bourgois) n’en ont obtenu qu’un chacune. Jamais un éditeur n’a reçu le prix deux années consécutives. La mieux lotie, Minuit, a dû attendre quatre ans avant d’être une nouvelle fois récompensée.

Jury tournant

Du fait même que sa composition change d’une année sur l’autre, le jury a pour habitude de transgresser fréquemment les critères de son prédécesseur. Ainsi, pour cette édition, il ne serait pas étonnant qu’au lieu de distinguer les plus anciens des sélectionnés, il jete son dévolu sur le plus jeune, d’autant que celui-ci a quelques atouts qui correspondent bien l’esprit du prix. Il a 33 ans. Il est noir africain. Il a un nom qui évoque l’insolite, Fiston Mwanza Mujila.

C’est son premier roman, Son titre, Tram 83, est incongru. Sa maison d’édition, Metaillé, qui œuvre à la découverte des littératures lointaines, notamment latino-américaines, n’a jamais été récompensée. S’ajoute que sa relation au français, langue importée par la colonisation en République démocratique du Congo, son pays natal, (ex-Zaïre, ex-Congo belge), colle à la devise du prix : « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. » Mais surtout, comme dit la fiche de présentation, «  Tram 83 est une incroyable plongée dans la langue (…) chaque phrase cogne à une féroce envie de vivre. »

Le gagnant est… est… est...

Sur la base du critère de l’âge, deux autres auteurs peuvent rivaliser avec lui, Sylvain Prudhomme, pour Les Grands, chez Gallimard, et Sophie Divry pour La condition pavillionnaire, chez Noir sur Blanc/Notabilia. Tous les deux ont deux ans de plus que Fiston Mwanza Mujila. Le premier raconte la vie cassée d’un guitariste, la seconde celle d’une Ema Bovary de banlieue. Donc le lauréat 2014 est… est … est… Réponse lundi 10 novembre 2014 à 9h10.

Cécile Wajsbrot vit dans le 18e

Le 18e arrondissement de Paris est en lice pour le Prix Wepler-Fondation la poste qui sera décerné lundi 10 novembre 2014. Née à Paris en 1954, de parents polonais réfugiés, agrégée de lettres modernes, Cécile Wajsbrot est à la fois romancière, essayiste, traductrice et femme de radio. Elle habite boulevard Rochechouard. Son roman Totale éclipse, publié chez Christian Bourgois, fait partie de la liste des douze sélectionnés.

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Cécile Wajsbrot. Photo © Editions Zulma

Celui-ci raconte l’histoire d’une femme, la narratrice, qui « dans un café où elle a l’habitude d’y aller entend une chanson qui la plonge dans le souvenir d’une histoire ». Puis une rencontre imprévue survient qui la confronte à nouveau « aux affres de l’amour en même temps qu’elle lui ouvre de nouvelles pistes de réflexions artistiques ».

Cécile Wajsbrot est l’auteur de 16 romans dont le thème central est souvent la confrontation de destins individuels avec un passé difficile. L’un d’eux Nation par Barbès, Zulma 2001, a pour cadre cette dernière station de métro. C’est l’histoire encore d’une rencontre entre deux êtres. La station est à la fois pour eux un lieu de perte et, paradoxalement, d’accomplissement.

L’auteure a aussi à son actif cinq essais, notamment en 1999, une biographie, au Mercure de France, préfacée par François Mitterrand, alors président, d’une femme de lettres anglaise, issue de la haute société, Violet Trefusis, dont les amours lesbiens ont inspiré à Virginia Woolf son roman Orlando. De cette dernière, Cécile Wajsbrot a aussi traduit son roman Les vagues.

Avant d’être écrivaine après voir quitté l’enseignement, Cécile Wajsbrot a été journaliste aux Nouvelles littéraires et au Magazine littéraire. Aujourd’hui elle collabore à France culture pour qui elle écrit des fictions qui ont un rapport avec la musique, sa passion. Depuis quelques années, elle partage sa vie entre Paris et Berlin, capitale qui la rapproche de ses racines.

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