lundi 24 avril 2017| 18 riverains
 

Le Virgin Barbès renaît pendant 48 heures

Le magasin Virgin Megastore du boulevard Barbès a fermé ses portes en juin 2013, suite à la liquidation judiciaire de l’entreprise.

Les murs de l’ex-Virgin Megastore du boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, ont accueilli, les 17 et 18 octobre 2013, un marché des disquaires indépendants ouvert au public. Un symbole fort qui préfigure peut-être ce que pourrait devenir ce lieu emblématique du quartier.

« Il aura fallu attendre que le Virgin ferme pour qu’on y trouve enfin de bons disques ». La formule, acide, a été rédigée par un internaute. On n’en retiendra qu’une partie : oui, en effet, de bons disques - pour la plupart des vinyles - sont entrés au Virgin Mégastore de Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, les 17 et 18 octobre 2013. Mais il y en avait déjà, avant que ce magasin ne ferme définitivement ses portes en juin dernier, suite à la liquidation judiciaire de l’entreprise.

Pendant deux journées, ce lieu emblématique du quartier a retrouvé sa vocation culturelle pas si ancienne, en accueillant dans ses murs une quinzaine de disquaires indépendants venus de Paris, Lyon, Tours, Troyes, etc. Ceux-ci, pendant 48 heures, ont insufflé de la vie au lieu, en échangeant avec les mélomanes, en remplissant l’endroit de disques, de DVD musicaux, en animant des tables-rondes, en mixant de la musique… Une idée que l’on doit au Calif (Club action des labels indépendants français), organisateur du Disquaire Day, en association avec le festival musical MaMa.

Parmi les éphémères rayons de disques se sont croisés des amateurs de tous âges (dont un collectionneur des enregistrements de “La Paloma” âgé de 87 ans), des habitants du quartier, curieux de voir l’ex-Virgin de nouveau ouvert, des journalistes… et des politiques, pré-campagne des municipales oblige. Anne Hidalgo, qui brigue la succession de Bertrand Delanoë, et Eric Lejoindre, qui vise celle de Daniel Vaillant dans le 18e, sont venus y faire un tour. Il faut dire que le dossier du Virgin n’est pas neutre : le propriétaire des murs n’est autre que Paris Habitat, l’Office public de l’habitat de la capitale.

JPEG - 91.6 ko
De nombreux disques vinyles étaient proposés aux amateurs au cours de ce marché des disquaires indépendants.

Pendant deux jours, les disquaires se sont ainsi installés au rez-de-chaussée de l’ex-magasin. Dans une drôle d’atmosphère, puisque demeuraient bien visibles des traces de l’enseigne disparue, comme une borne d’écoute comme laissée là, des rayons vides ou encore les fameux gilets rouges des anciens salariés, dont certains étaient présents pendant ces deux jours. L’escalier menant au sous-sol, là où se trouvaient les livres, était, lui, condamné, plongé dans la pénombre. Difficile de ne pas ressentir un petit pincement au cœur.

Pour Francis Paufique, acheteur venu du 11e arrondissement, « il est triste qu’un détaillant comme Virgin disparaisse. Je suis venu en priorité pour les disques, mais c’est vrai que les anciens rayons ont attiré mon attention, et rappelé que le magasin avait fermé très récemment. Ça fait quelque chose ». Yves Plouhinec, responsable du magasin en ligne Hands and Arms Records, dont les bureaux sont situés dans le 18e, raconte qu’une « bonne moitié des gens venus ici ressent une émotion particulière, voire une tristesse ».

Dove, DJ et disquaire troyen itinérant, à la tête de Cosa Nostra Shop avoue également que « voir ces anciens rayons vides, ça fait un petit choc ». Mais les disquaires interrogés ont voulu aussi se montrer positifs sur cette réutilisation du Virgin Barbès, sans sentiment de revanche des “petits” contre l’ex “gros”. Dove estime ainsi « qu’investir ces lieux a un côté joyeux pour un disquaire : notre travail est valorisé par des gens comme ceux du Calif ». Et Yves Plouhinec de poursuivre : « Les exposants sont tous d’accord pour dire que, symboliquement, c’est une super idée d’investir l’ancien Mégastore. »

JPEG - 75.8 ko
Paris Habitat, propriétaire des murs de l’ancien Virgin Barbès, souhaite conserver le caractère culturel du lieu.

« L’ambiance est positive, poursuit Yves Plouhinec. Il n’y a pas de guéguerre entre indépendants et l’ex-Virgin. Il y avait, hier, des anciens salariés qui participaient à une table ronde, ce sont des disquaires comme nous. Pour nous, il n’y a pas de revanche des indépendants sur le Virgin. Au contraire, la continuité du marché du disque prime sur ce débat de positionnement. »

Pour Dove, « on assimile consommation culturelle à foutage de gueule, ce qui n’est pas forcément vrai pour Virgin. Les disquaires indépendants ne seraient pas là, sinon. Quand je prends d’autres chaînes pseudo culturelles, ou des supermarchés, en pratique, ce sont des gens qui gèrent des références. Je connais les magasins Virgin depuis vingt ans. Il y avait de vrais disquaires derrière. Il y avait du choix, des disques d’importation, etc ».

Francis Paufique pense, lui, que cette réouverture pour deux jours est un signal fort : « La musique physique est toujours bien présente, cela fait des années que les vinyles se vendent de mieux en mieux. » Même s’il ne fréquentait pas ce Virgin, il considère qu’il serait « bien que ce lieu reste lié à la musique, ou à la culture en général ». « Je ne sais pas vraiment ce qu’il est possible de faire de ce lieu, confie Dove. Mais nous pouvons imaginer qu’il devienne une salle municipale, louée pour des événements éphémères comme des concerts, des manifestations littéraires, etc. L’éphémère, ça marche bien. Et puis, il y a une telle mixité culturelle dans le quartier qu’il faut en profiter ! »

Appel à projets
Un appel à projets a été lancé par Paris Habitat pour remplacer le Virgin Megastore de Barbès. Pour la Ville de Paris, « il s’inscrit dans la continuité d’une politique volontariste de soutien au développement économique et culturel dans un secteur en pleine mutation ». Plus de détails ici.

Le vinyle, une niche de plus en plus grande
Morts, les disques vinyles ? Pas du tout. En juin dernier, Antonie Cartier, directrice des affaires économiques du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) expliquait à France Info que ce marché progresse : « C’est réel en valeur absolue. On a vendu 115.000 disques vinyles en 2007 et on est passé à 329.000 en 2012. Les ventes ont été multipliées par trois. Mais en valeur relative, cela reste un marché de niche puisqu’il représente 0,4% du marché du disque. »

Où ça se passe:

Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil

Partagez cet article:

5 commentaires

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Les commentaires sont modérés à priori, soit avant publication sur le site. Dixhuitinfo.com ne publiera pas les contenus illicites. N'hésitez pas à déclarer tout contenu que vous jugeriez illicite à l'adresse mail redaction@dixhuitinfo.com
 
Derniers commentaires
Les plus lus
Thèmes