mercredi 28 juin 2017| 21 riverains
 

L'Institut des Cultures d'Islam en questions

Le premier bâtiment de l’Institut des cultures d’Islam ouvre sur la rue Stéphenson, dans le quartier de la Goutte d’Or.

L’Institut des cultures d’Islam ouvre ses portes jeudi 28 novembre 2013, rue Stephenson, dans le 18e arrondissement de Paris. Fin 2015, un deuxième espace près de Barbès donnera au projet sa forme définitive. Explications.

  • L’ICI, qu’est-ce que c’est ?

Initié en 2005, l’Institut des cultures d’Islam (ICI) existe depuis 2006 dans des locaux provisoires, dits de préfiguration, au 19, rue Léon, dans le 18e arrondissement de Paris. À terme, L’ICI sera installé dans deux lieux distincts : à la Goutte d’Or, au 56, rue Stephenson, qui est inauguré ce jeudi 28 novembre 2013 ; et à Barbès, où le bâtiment devrait ouvrir courant 2015 au 6, rue des Poissonniers, en lieu et place de la mosquée El-Fath dont les travaux de démolition sont sur le point de démarrer.

L’Institut des Cultures d’Islam est un centre culturel combiné à un lieu de culte. Il se veut espace d’échanges, de création et d’enseignement pour promouvoir la diversité des cultures d’Islam présentes dans la capitale. Dans sa version actuelle, il accueille des expositions, des concerts, des rencontres littéraires, des ateliers d’arts, des projections, des cours d’arabe et de calligraphie et a pour temps fort le Festival des Cultures d’Islam qui fêtera en en septembre 2014 sa 9e édition.

L’ICI participe également aux grands événements culturels de la capitale (Nuit Blanche, Nuit des Musées…), ainsi qu’aux événements musulmans (Ramadan, Fête du Destin). Il se présente comme ouvert à tous, croyants, non-croyants, amateurs de culture ou néophytes, habitants du quartier, Parisiens et touristes.

  • Quels sont les espaces proposés par le nouvel ICI ?

Le premier bâtiment, l’ICI Goutte d’Or, rue Stephenson, occupe une surface de 1400m2. Il comporte un hall d’accueil et d’exposition, une salle de prière de 300m2 au premier étage, des salles de cours et d’exposition au deuxième niveau, des bureaux administratifs au troisième et un hammam et un espace soins du corps de 270m2 au sous-sol, agrémenté d’un petit salon de thé. Le hammam va ouvrir d’ici quelques jours. Hommes et femmes auront leurs jours dédiés pour en profiter.

Quant à l’ICI Barbès, qui n’ouvrira que fin 2015, le projet prévoit une surface de 2000 m2 répartis en un auditorium de 173 places, une bibliothèque, un grand patio central, des espaces d’exposition et une salle de prière de 412m2.

La maîtrise d’œuvre de l’ensemble est aux mains des Ateliers Lion Associés qui ont opté pour la performance énergétique et une architecture rappelant, dans une version modernisée en inox, le moucharabieh traditionnel (panneau ajouré de bois).

  • Pourquoi un nouveau lieu de culte ?

En faisant cohabiter au sein de l’ICI des espaces culturels et deux salles de prière, la municipalité entend « garantir l’exercice du culte musulman dans des conditions dignes et notamment mettre fin à l’occupation fréquente de l’espace public par les fidèles venus prier. » (voir la délibération du Conseil de Paris du 23 avril 2013)

Dans un passé récent, les prières de rues aux abords des deux principales mosquées de la Goutte d’Or, rue Myrha et rue Polonceau, ont soulevé la polémique, avant d’être officiellement interdites en septembre 2011 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant. Depuis, une salle de prière provisoire accueille, dans une ancienne caserne de pompiers porte des Poissonniers (dimensionnée pour 3000 personnes), entre 6000 et 8000 fidèles chaque vendredi, jour de grande prière.

L’ICI est donc présenté par la municipalité comme une réponse à l’insuffisance des lieux de prière pour les musulmans du 18e et des autres arrondissements de Paris. La fermeture en 2006 de la mosquée insalubre de la rue de Tanger, dans le 19e arrondissement, a en effet accru la pression dans l’ensemble de la capitale, comme le répétait Daniel Vaillant lors du Conseil d’arrondissement du 15 avril 2013 (consultable ici) : « Il n’y a pas de lieu de prière correct dans le 19ème ; d’où, d’ailleurs, cette affluence sur la caserne de la porte des Poissonniers. Il y a une demande qui n’est pas bien satisfaite. »

  • Le financement de l’ICI est-il compatible avec la laïcité ?

La loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat énonce dans son article 2 que : « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Afin d’être en conformité avec cette loi, la mairie de Paris a eu recours à un montage juridique inédit pour donner naissance à l’ICI.

Selon ce montage, la municipalité finance et gère, à travers une association loi 1901, la partie culturelle de l’ICI et vend, sous forme de VEFA (vente en état de futur achèvement), la partie cultuelle à une association musulmane qui en assure la gestion et l’entretien. Une stricte séparation des genres est assurée selon Daniel Vaillant qui insistait devant les élus, toujours lors de ce même Conseil d’arrondissement d’avril dernier : « Il a toujours été convenu que le projet ne bénéficierait d’aucun financement public dans sa composante cultuelle. »

Ce mode de financement ne met cependant pas tout le monde d’accord, à l’instar de l’élu parisien du Parti de Gauche Alexis Corbière qui dénonçait dans une tribune à Mediapart « une usine à gaz juridique » et une entorse au principe de laïcité.

  • Combien coûte l’ICI ?

Le projet global revient à environ 32 millions d’euros (13,5 millions pour l’ICI Goutte d’Or et 18,7 millions prévisionnels pour l’ICI Barbès) financés comme suit : un peu plus de 27 millions d’euros de la poche de la Ville de Paris et près de 6 millions d’euros de celle des associations musulmanes en charge des salles de prière.

  • Qui va gérer les salles de prière ?

La salle de prière de l’ICI Goutte d’Or, rue Stephenson, sera gérée par la société des Habbous et Lieux Saints de l’Islam qui en a fait l’acquisition pour 2,2 millions d’euros. Cette association dépend de la Grande Mosquée de Paris, dont le recteur est Dalil Boubakeur, par ailleurs actuel président du Conseil Français du Culte Musulman.

En revanche, l’acheteur de la salle de prière du second bâtiment, l’ICI Barbès, n’a pas encore été choisi. Les acquéreurs potentiels (et sérieux) ne se bousculent pas. Selon Michel Neyreneuf, l’adjoint à l’urbanisme du 18e arrondissement qui suit le dossier, « trois candidats issus des mouvances du Maroc et d’Algérie ont fait des offres ». Le prix est fixé à 2,7 millions. Primeront, dans le choix, « la fiabilité financière et l’ouverture aux musulmans d’origine subsaharienne ». La salle de prière du futur ICI Barbès viendra en effet remplacer la mosquée El-Fath fréquentée par une importante communauté de fidèles d’Afrique noire.

Cette communauté espérait elle-même acheter et gérer la nouvelle salle, via l’AMO, l’association des musulmans de l’ouverture. Elle s’était constituée en 2009 dans ce but, mais depuis, elle n’arrive pas à rassembler les fonds nécessaires. Son président, le recteur Moussa Niambele assure néanmoins être « toujours sur les rangs », dans l’attente d’un chèque providentiel.

  • Pourquoi un ICI dans deux espaces distincts ?

La raison principale mise en avant par la Ville de Paris est foncière. Mais une autre explication tient à la nécessaire prise en compte de la diversité de l’islam dans le 18e arrondissement, entre islam arabe (Algérien et Marocain) et islam africain. La guerre des chefs qui règne entre ces différentes mouvances ne facilite pas l’entente. Moussa Niambele, le recteur de la mosquée El-Fath, appelle de ses vœux « un équilibre »dans la représentation des différents courants à l’intérieur du 18e arrondissement.

  • Les nouvelles salles de culte seront-elles assez grandes pour accueillir tous les fidèles ?

« Les mètres carrés de Polonceau [ICI Barbès] et de Doudeauville [ICI Goutte d’Or] ne font pas l’équivalent de ce qui se passe aujourd’hui à la caserne Poissonniers », faisait remarquer sans langue de bois Daniel Vaillant en Conseil d’arrondissement. Les deux salles de prière de l’ICI ne suffiront donc pas à accueillir l’ensemble des fidèles, même s’il est prévu que des espaces supplémentaires seront loués (en ouvrant des cloisons amovibles) le vendredi, jour d’affluence des fidèles. Ce jour-là, la partie culturelle de l’ICI n’accueillera le public qu’à partir de 16h, pour éviter l’embouteillage.

  • Que va devenir la mosquée-caserne provisoire ?

Le bail de location pour l’occupation de la caserne porte des Poissonniers a été signé en septembre 2011 pour une durée de trois ans. Il arrivera donc à échéance en 2014, avant l’ouverture du second bâtiment de l’ICI. Qu’adviendra-t-il alors de cette salle de prière temporaire qui accueille des milliers de fidèles chaque semaine ? Selon Michel Neyreneuf, l’adjoint à l’urbanisme, « la caserne se maintiendra au moins jusqu’à ce que le projet privé de la mosquée de la rue de Tanger, dans le 19e arrondissement, porté par Larbi Kechat, voie le jour. » Ce projet étant pour l’heure (et depuis plusieurs années) au point mort, le provisoire semble bien parti pour durer encore.

Horaires d’ouverture :

ICI Goutte d’Or, 56 rue Stephenson : mar-jeudi de 10h à 21h ; ven de 16h à 21h ; sam de 10h à 20h ; dim de 12h à 19h

ICI rue Léon : 19, rue Léon : mar-ven de 15h à 20h ; sam de 10h à 20h

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