
Ses dessins collés sur les murs du 18e arrondissement de Paris n’ont pas échappé aux riverains et aux touristes. L’auteur est discret, utilise un pseudo et ne souhaite pas être photographié. Mais, chantre de l’art urbain, Fred Le Chevalier, 39 ans, a des choses à raconter. Interview et portfolio.
Dixhuitinfo - Pourquoi collez –vous vos dessins dans le 18e arrondissement ?
Fred Le Chevalier - Depuis presque trois, ce quartier m’inspire. C’est vivant, un peu à part. Quand je passe à Montmartre, je laisse toujours des dessins sur les murs. Parfois, ils restent longtemps au même endroit. Alors je reviens régulièrement coller de nouveaux travaux. En revanche, j’évite les lieux trop touristiques. Je ne vais jamais place du Tertre, par exemple. Je ne vis pas dans le 18e, mais tout près, en Seine-Saint-Denis.
Que représentent vos dessins ?
Des personnages qui me ressemblent. Au début, je me dessinais. Désormais, je ne suis plus seul dans mes dessins. J’ai sans doute moins de chose à dire me concernant. Comme nombre d’enfants, je dessine depuis mon plus jeune âge. Avec des interruptions, au fil de ma vie. J’aime la simplicité dans le dessin. J’ai grandi dans une famille où la lecture, l’art, la peinture étaient mis en valeur. Je n’ai jamais pris de cours de dessin. Cela ne m’intéresse pas. Et je ne vais pas commencer maintenant : je suis devenu vieux et paresseux !

- Sur les pentes de Montmartre.
Où puisez-vous votre inspiration ?
La personne qui m’a donné envie de dessiner est Béatrice Myself. Elle vit à Tours. Ses dessins au style naïf sont toujours très simples. Ils sont expressifs, pleins de poésie. Je puise aussi mon inspiration du côté de l’enfance, des contes, la mythologie et l’histoire de la Grèce ancienne. Je n’oublie pas le cinéma. En particulier le film "Freaks, la monstrueuse parade", de Tod Browning, où les adultes ressemblent à des enfants. Et inversement.
Comment choisissez-vous vos murs ?
Je choisis de travailler sur des murs où personne n’est gêné par mes dessins. Je ne vais pas placer des collages sur la vitrine d’un magasin, d’un café, ou au rez-de-chaussée d’une maison neuve ! Mon truc, ce sont les murs dégradés, les ruelles, les passages… Mon style de dessin n’est pas agressif, mais doux. Je colle en pleine journée et je ne me cache pas.
Que risquez-vous pénalement ?
Cette forme d’art urbain est interdite. Je ne connais pas très bien la loi, mais c’est beaucoup moins réprimé que le graffiti, par exemple. Quand ils me voient coller, les policiers sont plutôt gentils avec moi. Mais la première fois, c’était un peu désagréable. Ils m’ont fait la morale, je me sentais un peu idiot. Comme un enfant que l’on surprend à écrire sur les murs des toilettes de l’école. Une fois, je suis tombé sur un policier qui connaissait déjà mon travail. Il m’a souhaité une bonne soirée. C’était drôle.
Gagnez-vous votre vie en pratiquant l’art urbain ?
Pas du tout. Mais ce n’est pas forcément l’un de mes objectifs. En réalité, je travaille dans l’enseignement. Quarante heures par semaine. Malheureusement, donc, j’ai aussi un vrai métier…
Exposez-vous votre travail ?
J’ai déjà participé à une exposition collective dans une librairie. Elle était consacrée aux personnages odieux. J’ai dessiné Ravaillac, Landru, Charles Manson (tous de célèbres criminels). Ma première véritable exposition a lieu actuellement, jusqu’au 4 avril, dans un petit café du 11e arrondissement, le Houla Oups.
Pourquoi ce pseudo, Le Chevalier ?
C’est une histoire personnelle qui colle bien à mes dessins. C’est un surnom noble, élégant. Je me moque aussi de moi-même, de mon côté Don Quichotte qui se bat contre les moulins à vent. On peut aussi y voir une référence au roman d’Alexandre Dumas, "Le Chevalier de maison rouge". C’est chevaleresque, héroïque, mais aussi ironique.
Découvrez tous nos articles géolocalisés sur le 18eme arrondissement en un clin d'œil



3













